lundi 3 juin 2013

L’Opinion : trop d’approximations, pas assez de libéralisme

Je dois bien le reconnaître : l’annonce il y a quelques semaines de la naissance d’un nouveau quotidien m’a d’abord laissé plutôt indifférent. Un nouveau support, soit ; que peut-il bien apporter de nouveau par rapport aux journaux et sites existants ? 

Et puis dans les jours qui ont précédé le lancement, mercredi 15 mai, le discours de Nicolas Beytout, fondateur de l’Opinion, a éveillé mon intérêt : de sensibilité libérale, très exigeant en termes de qualité, le nouveau venu s’annonçait particulièrement proche de l’idéal que je n’avais osé espérer. C’est donc avec une grande curiosité, mais aussi une grande attente, que j’ai lu, intégralement, les sept premiers numéros.

Première déception, le libéralisme ne transpire pas des feuilles. Cela peut se comprendre : en tant que quotidien, le premier objectif est de rendre compte de l’actualité, et pas forcément de la commenter. Le regard incisif et l’ironie de certains passages (comme dans l’article sur la Banque Publique d’Investissement) donnent le ton, mais l’ensemble manque de véritables analyses. Par exemple, on préfèrerait, en page 4 du numéro 2, un article fouillé sur la politique économique et fiscale de la France plutôt qu’une série indigeste de 30 citations de « décideurs », parmi lesquels se sont étrangement glissés deux députés UMP et un UDI.

Certes Mathieu Laine tient la chronique « Libertés » le jeudi, mais, pour le reste, le traitement de l’information reste très classique, avec trop peu de prise de recul, et, ce qui est plus grave, des approximations et inexactitudes, qui semblent orientées.

En effet, et c’est mon reproche principal à l’Opinion, des informations fausses sont véhiculées. Il ne s’agit pas de désinformation massive sur des points-clés, mais de petites touches inexactes qui, mises bout à bout, me posent problème ; d’autant plus dans un journal sensé être « haut de gamme ». D’abord, dans le numéro 2, il est fait mention d’écoutes téléphoniques dans l’affaire AP-Obama, alors qu’il s’agit en fait de la saisie de la liste des appels passés et reçus par les journalistes (fadettes) ; c’est problématique aussi pour la liberté de la presse, mais ce ne sont pas des écoutes. J’ai signalé l’erreur à l’Opinion, le journaliste auteur de l’article m’a confirmé par mail qu’il ne s’agissait pas d’écoutes, mais l’article en ligne n’a toujours pas été corrigé à la date ou j’écris ; et comme il faut être abonné pour commenter, je n’ai pas pu apporter la correction en commentaire de l’article.

Sur le mariage pour tous, ce sont deux approximations révélatrices qui sont effectuées : dans l’éditorial de Nicolas Beytout, pour souligner qu’une loi votée peut ne pas être appliquée au final, un parallèle est fait avec la loi sur le CPE, dont il est dit qu’elle a été votée sans promulgation ; c’est faux, elle a été promulguée mais modifiée avant d’être appliquée. Plus gênant encore, les journalistes de l’Opinon semblent unanimes, dans le numéro 7, des 24 et 25 mai, pour annoncer une manifestation « géante », « gigantesque », avec « énormément de monde » contre l’ouverture du mariage aux couples de même sexe ; ils relaient  une attente supposée de « deux millions de manifestants » par les organisateurs, alors que les autres médias avancent plutôt le chiffre d’un million, qui sera leur revendication finale (150 000 selon la police), soit moins que les précédentes mobilisations.

Décrédibilisation des démocrates américains, survalorisation de la manifestation des conservateurs français… S’agit-il vraiment de simples inattentions ?

Ainsi donc, entre la relativement faible visibilité du libéralisme dans ses colonnes – même si c’est beaucoup mieux que le reste des quotidiens ! – et, surtout, l’imprécision de certaines informations, j’ai finalement décidé de ne pas m’abonner à l’Opinion.

samedi 24 novembre 2012

Mariage : mettre fin à une discrimination d’Etat

Aujourd’hui, selon que l’on vit seul, en couple, en colocation, selon que l’on est lié ou non à un autre individu par un PACS, un mariage, un lien de filiation officiel, on bénéficie d’avantages ou de pénalités très significatifs de la part de cette entité qui prétend pourtant être garante de l’équité, l’Etat. En effet, qu’il s’agisse de droits de visite, d’héritage, d’impôts sur le revenu, de pension de réversion, les différences sont très significatives entre ces différents statuts.

Pour les défenseurs de la liberté et de la justice, c’est la suppression du mariage civil, la fin des avantages catégoriels, et le rétablissement de la liberté de contrat qu’il faudrait mettre en œuvre. En effet, s’il était possible pour chacun de désigner librement une ou plusieurs personnes bénéficiaires de ses biens en cas de décès, de l’autorité parentale sur ses enfants, ou d’une pension de réversion [1] ; si les droits de succession étaient identiques quel que soit le lien « officiel » entre l’héritier et le défunt ; si l’impôt sur le revenu ne résultait pas d’une formule complexe prenant en compte des paramètres intimes ; alors l’organisation de la vie commune, quelle que soit la composition de la communauté, n’aurait plus vocation à faire partie du débat public.

Cependant, la volonté d’une telle réforme de la place de l’Etat dans nos intimités étant pour l’heure très minoritaire, ce n’est pas le choix qui se pose à nous aujourd’hui. Ce choix se situe entre le statu quo et l’ouverture du mariage civil et de certaines possibilités liées à la filiation à de nouveaux couples, c’est-à-dire la suppression d’une discrimination d’Etat, qui consiste à imposer un schéma prédéfini, basé sur l’état civil, pour une série de possibilités juridiques et fiscales. Si minime soit le progrès, la fin de cette discrimination d’Etat est préférable au statu quo.

Très éloignée de l’idéal de liberté d’organisation, cette proposition de réforme ouvre cependant légèrement le champ des possibles ; elle diminue donc, un tout petit peu, le pouvoir de l’Etat sur nos vies, et doit de ce fait être défendue. 

C’est donc sur cette base, et face à l’opposition que rencontre cette légère ouverture du carcan qu’impose l’Etat, que je marcherai dimanche 16 décembre aux côtés de l’Inter-LGBT.


[1] en payant le complément de cotisation nécessaire à l’organisme de retraite 

Sur la question plus spécifique de l’homoparentalité, j’ai fait il y a cinq ans un état des lieux, qui me semble encore largement d’actualité : Homoparentalité : le champ des possibles.

jeudi 7 juin 2012

Pour les législatives, je vote Pirate !

Dans ma circonscription, j’ai le choix entre non moins de 18 candidats, incluant François Fillon, dont la présence explique peut-être le nombre des concurrents, qui doivent avoir pressenti qu’il s’agirait d’un spot médiatique. J’ai donc examiné plusieurs options avant de décider de voter pour la candidate du Parti Pirate.

J’ai d’abord étudié la possibilité de voter pour la candidate soutenue par la Parti Libéral Démocrate (PLD), Alix Fourier, espérant que sa défense apparemment assumée du libéralisme puisse me séduire. Le fait qu’il s’agisse de la candidate du Parti Chrétien Démocrate de Christine Boutin aurait pu suffire à me dissuader de voter pour elle, mais j’ai quand même tenu à vérifier que j’en avais de bonnes raisons. Ses engagements de « soutenir la famille : père-mère-enfant » et de « favoriser les liens jeunes-seniors dans (…) le logement », notamment, m’ont confirmé mes craintes : ils traduisent la volonté d’imposer certaines valeurs à tous les individus, en utilisant la contrainte de l’Etat. Elle n’aura donc évidemment pas ma voix, et le PLD y a perdu quelques points à mes yeux.

J’aurais pu en revanche voter pour Anne-Sophie Godfroy-Genin, la candidate du Modem, en ligne avec mon vote de la présidentielle. Ce choix, outre sa vocation à favoriser la modération et la raison en permettant à une candidate centriste de peut-être accéder au second tour, aurait été renforcé par sa revendication du libéralisme jusque dans sa profession de foi : « Libéraux, nous croyons à la liberté d’entreprendre et à la capacité de chacun à créer des richesses ». Dommage que ces valeurs ne se traduisent pas plus concrètement en propositions : c’est ce qui a contribué à mon hésitation.

C’est finalement la candidate du Parti Pirate, Véronique Bover Sayous, qui obtiendra mon vote et mon soutien pour cette élection. Sa défense du « revenu de vie universel et inconditionnel » en « remplacement des multiples aides et allocations », sa volonté de renouveau de la démocratie, incluant la défense de l’indépendance de la justice, associées à sa vigilance sur le sujet du fichage et de la protection des données personnelles en font selon moi une candidate réellement moderne, à la hauteur des enjeux de nos sociétés en mutation.

Ses valeurs me semblent pleinement compatibles avec le libéralisme de gauche, même si j’émettrais quelques réserves sur des propositions telles que l’application des « normes environnementales existantes » (1), la remise en question du système des brevets en vue d’une meilleure diffusion du savoir (2),  ou encore le prélèvement à la source et la progressivité de l’impôt. Il est à noter que ces réserves concernent des points périphériques du programme du Parti Pirate, et non ses cinq thèmes principaux.

C’est donc avec un certain enthousiasme que je voterai pour Véronique Bover Sayous et son suppléant Benjamin Schlumberger le 10 juin prochain.

Voir aussi le communiqué du MLG.



(1) Il y en a tellement que je pense qu’il faudrait y faire un tri avant de chercher à vraiment toutes les appliquer.
(2) Le principe des brevets est justement de rendre la connaissance publique, puisque le brevet est publié, en échange de la garantie, pour celui qui dépose le brevet, d’avoir l’exclusivité sur son utilisation pour une certaine durée. La suppression de ce principe ne conduirait-elle pas à une culture du secret bien plus importante, et donc une moindre diffusion du savoir ?