mercredi 18 avril 2007

Lionel Jospin ne comprend pas le projet de François Bayrou

Les critiques adressées à François Bayrou ne sont généralement pas fondées, et montrent juste une mauvaise volonté dans la compréhension de son projet.
Prenons le commentaire de Lionel Jospin, du dimanche 25 mars 2007 : son élection "créerait d'ailleurs sans majorité un véritable problème, une crise politique, et de toute façon, il vient de la droite, il n'y a aucune raison qu'il soit au second tour" (propos rapportés par l'AFP).
C’est fondamentalement incohérent : s’il est effectivement de droite, il aura une majorité (au moins UDF-UMP) ; s’il fait ce qu’il propose (je le vois mal faire autre chose, vu que c’est vraiment le cœur de sa campagne ; cette hypothèse a donc ma préférence), il faut sortir des modèles qui correspondent à la situation traditionnelle de la Ve République.
En effet, l’élection de François Bayrou « créerait une crise politique », elle déstabiliserait le système, et c’est bien normal, puisqu’il propose d’en changer ! Avec l’élection à la proportionnelle de la moitié des députés, la démocratie ne pourra plus fonctionner comme avant : il faudra vraiment écouter les Français, on ne pourra plus faire le Gouvernement d’un parti, qui ne représente jamais plus de 30-35% de la population. On sera donc amené à plus de compromis, ce qui devrait déboucher sur des réformes mieux acceptées, parce que perçues comme plus justes.

samedi 14 avril 2007

Les libéraux dans l'élection présidentielle de 2007 ?

Retour sur ce qu’aurait pu être une candidature d’Alternative Libérale aux élections présidentielles de 2007.
 
Je me suis engagé fin 2005 dans l'UMP, croyant voir en Nicolas Sarkozy l'espoir d'une ouverture vers une politique vraiment libérale. Au fil des semaines, j'ai réalisé le décalage, qui est venu se confirmer fin novembre 2006, à la lecture du projet législatif : préférence communautaire, droits opposables, timidité des réformes économiques proposées, absence de réelle réforme institutionnelle... Au-delà des discours qui parlent à ceux qui croient en la liberté, la réalité des propositions est bien différente.
Alors je me suis informé sur le monde libéral, et j'ai découvert Alternative Libérale. Après lecture attentive du programme, le choix de mon engagement a été clair.

J'ai traversé de longues semaines de doute, autour de la question suivante : vaut-il mieux défendre le libéralisme dans un parti qui a des chances d'obtenir un pouvoir très important, quitte à être amené à faire des compromis, ou défendre un libéralisme authentique en allant directement au contact des électeurs, et chercher ensuite des alliances avec d'autres partis ?
Après cette réflexion, je suis arrivé à la conclusion que l'UMP est un parti fondamentalement conservateur, et que l'on ne peut pas raisonnablement espérer qu'il devienne libéral. La France a besoin d'un parti conservateur, comme tous les autres pays. Dès lors, puisque le libéralisme s'éloigne très fortement de la doctrine dominante de l'UMP sur certains points (questions de société, relations internationales, organisation de l'Etat), un parti spécifiquement libéral est nécessaire.
Je sens aussi, dans mes discussions quotidiennes, une attente d'une autre voix, proposant une autre voie, mal définie dans l'esprit des Français, et qui fait cruellement défaut sur la scène politique française. Je crois que le libéralisme mérite d'y être présent directement, et de façon authentique, sans être corrigé et remodelé par les "conservateurs".
Voilà ce qui a justifié mon engagement au sein d'Alternative Libérale.

Concernant spécifiquement la question de l'élection présidentielle, comme je viens de le dire, on ne peut pas vraiment voir en Nicolas Sarkozy un candidat libéral (il s'en défend d'ailleurs lui-même).
A mon sens, l'élection présidentielle, élection d'un homme ou d'une femme à la tête de l'exécutif, devrait être totalement décorréléée de l'élection législative. Alors, Alternative Libérale aurait toute sa place pour défendre ses idées lors d'une campagne législative - idéalement, avec une élection à la proportionnelle, pour permettre justement l'expression de la diversité des idées. L'élection présidentielle serait alors bien plus celle d'un individu, pour ses qualités propres, et ses convictions, mais aussi sa capacité à rassembler, sans qu'il soit forcément issu d'un parti.
Cependant, les choses sont différentes : l'élection présidentielle va impliquer l'élection législative, et, au final, c'est le programme présidentiel qui sera appliqué.
Par ailleurs, le débat auquel la population française est la plus sensible est celui de la campagne présidentielle. Pour faire entendre les idées libérales (non représentées par les autres candidats), AL se devait donc d'être présent.

Mais les maires de France, entre autres élus, en ont décidé autrement.

mardi 10 avril 2007

Libéral mais pragmatique, je vote Bayrou

Ma décision est prise. Après lecture de son « Projet d’espoir », et même si je dois avouer que l’ensemble de ses propositions est loin de me satisfaire, je voterai pour François Bayrou à la prochaine élection présidentielle.
En effet, selon moi, les propositions précises, concrètes, ne sont pas le cœur de cette élection. Le but est d’élire le prochain Président de la République, pas de donner une image de l’état de l’opinion publique sur différents sujets ponctuels.
Je voterai donc pour celui qui, parmi ceux qui risquent de remporter cette élection, me convient le mieux comme Président.
Selon moi, quatre candidats peuvent, a priori, accéder au second tour : Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal, Jean-Marie Le Pen et François Bayrou. Il se trouve que je préfèrerais voir François Bayrou élu, loin devant les autres.
Une des raisons principales de ce choix est la réforme institutionnelle qu’il propose. 50% de députés élus à la proportionnelle, ce n’est que la moitié du chemin à parcourir, mais cela donnera quand même un peu d’air à la démocratie. Et cela devrait permettre, à terme, aux libéraux de pouvoir s’exprimer et d’être représentés de façon autonome à l’Assemblée Nationale.
S’y ajoute la volonté d’accueillir le plus de monde possible dans le gouvernement de la France. Les libéraux devrait y trouver leur place ; bien plus que dans un gouvernement UMP ou un gouvernement socialiste.
  
Vous l’aurez compris, il ne s’agit pas pour moi de prendre ma carte à l’UDF (quel que soit son futur nom), mais bien de soutenir un candidat, en raison des circonstances.
Le temps du combat sans compromis pour les idées viendra par la suite. Aux législatives, même si elles seront encore au scrutin uninominal majoritaire à deux tours. Puis aux municipales et surtout aux européennes, ces élections à la proportionnelle, où l’on peut exprimer sa nuance politique authentiquement et sans effet pervers.

dimanche 1 avril 2007

La « question gay » dans la campagne présidentielle : sortir d'un faux débat ?

Sur la question des droits des couples homosexuels, les principaux candidats ont pris position. A première vue, cette position marque une nette séparation droite/gauche : le PRG, le PS, le PCF et l’extrême gauche sont pour l’ouverture du mariage civil aux couples de même sexe et pour l’adoption ; l’UDF et l’UMP sont pour la mise en place d’un contrat d’union, équivalent au mariage, sans la filiation pour l’UMP, et contre l’adoption par ces couples ; l’extrême droite est opposée à ces deux propositions.

J’aurai peut-être l’occasion de revenir plus en détail sur les propositions. Parce qu’au-delà des questions du mariage et de l’adoption, d’autres points, parfois bien plus problématiques, en particulier du point de vue de l’éthique, apparaissent : procréation médicalement assistée, mères porteuses…

Ces questions méritent un article à elles seules.

Ici, je veux tenter d’examiner de plus près les prises de position.

Par exemple, fondamentalement, Ségolène Royal est plutôt « conservatrice » au niveau des mœurs. Elle était opposée à l’ouverture du mariage aux couples de même sexe jusque très récemment, et ce n’est qu’en 2006 qu’elle a officialisé un changement de position. On peut raisonnablement penser que ce changement n’est pas fondé sur une conviction profonde, mais formulé pour se mettre en accord avec le programme de son parti.

Du côté de Nicolas Sarkozy, c’est plus flou ; on peut même avoir l’impression inverse : fondamentalement, la majorité de l’UMP n’est pas très favorable à l’ouverture du mariage aux couples homosexuels. Il s’est donc toujours déclaré opposé à cette proposition. Mais, finalement, il propose un mariage qui cache son nom – même si pour l’adoption, c’est toujours non.

Mais au fond, cette question doit-elle réellement passer par le pouvoir politique ? L’Etat a-t-il son mot à dire dans notre vie privée ? Cette intervention est-elle bien naturelle ?

Ces questions ont été posées par Alternative Libérale ; et elles m’ont interpellé. Ils y répondent par la négative.

Aussi peut-on lire dans leur programme : « Nous souhaitons faire du mariage un engagement privé, religieux ou non, qui n’engage que deux adultes consentants, sans distinction de sexe et sans obligation de passer à la mairie autrement que pour informer l’état civil de l’union ».

Belle façon de mettre tous les couples sur un pied d’égalité, tout en refusant d’instrumentaliser cette question qui, au fond, ne devrait pas se poser.

Concernant l’adoption, c’est un peu plus compliqué.
Aujourd’hui, un célibataire a le droit d’adopter.
Or, les discriminations basées sur l’orientation sexuelle sont interdites.
Légalement, un(e) homosexuel(le) peut donc adopter.

C’est donc principalement un changement de regard qui est nécessaire, plus qu’un changement légal. C’est contre les discriminations implicites des personnes qui encadrent les adoptions qu’il faut lutter.

Ensuite, pour simplifier les démarches des couples, Alternative Libérale propose simplement que « lorsqu’un enfant ne dispose que d’un seul parent ou tuteur légal, celui-ci [puisse] le faire adopter par son conjoint et partager l’autorité parentale ». Notons que cela apparaît déjà progressivement à travers la jurisprudence (plusieurs procès récents ont accordé l’adoption à la conjointe d’une mère).

Je ne sais pas si d’autres partis partagent cette approche.

En tout cas, elle a le mérite d’interpeller : plutôt que de chercher à obtenir des droits parfois difficiles à appliquer, pourquoi ne pas simplement demander à la loi de la liberté ?