dimanche 1 avril 2007

La « question gay » dans la campagne présidentielle : sortir d'un faux débat ?

Sur la question des droits des couples homosexuels, les principaux candidats ont pris position. A première vue, cette position marque une nette séparation droite/gauche : le PRG, le PS, le PCF et l’extrême gauche sont pour l’ouverture du mariage civil aux couples de même sexe et pour l’adoption ; l’UDF et l’UMP sont pour la mise en place d’un contrat d’union, équivalent au mariage, sans la filiation pour l’UMP, et contre l’adoption par ces couples ; l’extrême droite est opposée à ces deux propositions.

J’aurai peut-être l’occasion de revenir plus en détail sur les propositions. Parce qu’au-delà des questions du mariage et de l’adoption, d’autres points, parfois bien plus problématiques, en particulier du point de vue de l’éthique, apparaissent : procréation médicalement assistée, mères porteuses…

Ces questions méritent un article à elles seules.

Ici, je veux tenter d’examiner de plus près les prises de position.

Par exemple, fondamentalement, Ségolène Royal est plutôt « conservatrice » au niveau des mœurs. Elle était opposée à l’ouverture du mariage aux couples de même sexe jusque très récemment, et ce n’est qu’en 2006 qu’elle a officialisé un changement de position. On peut raisonnablement penser que ce changement n’est pas fondé sur une conviction profonde, mais formulé pour se mettre en accord avec le programme de son parti.

Du côté de Nicolas Sarkozy, c’est plus flou ; on peut même avoir l’impression inverse : fondamentalement, la majorité de l’UMP n’est pas très favorable à l’ouverture du mariage aux couples homosexuels. Il s’est donc toujours déclaré opposé à cette proposition. Mais, finalement, il propose un mariage qui cache son nom – même si pour l’adoption, c’est toujours non.

Mais au fond, cette question doit-elle réellement passer par le pouvoir politique ? L’Etat a-t-il son mot à dire dans notre vie privée ? Cette intervention est-elle bien naturelle ?

Ces questions ont été posées par Alternative Libérale ; et elles m’ont interpellé. Ils y répondent par la négative.

Aussi peut-on lire dans leur programme : « Nous souhaitons faire du mariage un engagement privé, religieux ou non, qui n’engage que deux adultes consentants, sans distinction de sexe et sans obligation de passer à la mairie autrement que pour informer l’état civil de l’union ».

Belle façon de mettre tous les couples sur un pied d’égalité, tout en refusant d’instrumentaliser cette question qui, au fond, ne devrait pas se poser.

Concernant l’adoption, c’est un peu plus compliqué.
Aujourd’hui, un célibataire a le droit d’adopter.
Or, les discriminations basées sur l’orientation sexuelle sont interdites.
Légalement, un(e) homosexuel(le) peut donc adopter.

C’est donc principalement un changement de regard qui est nécessaire, plus qu’un changement légal. C’est contre les discriminations implicites des personnes qui encadrent les adoptions qu’il faut lutter.

Ensuite, pour simplifier les démarches des couples, Alternative Libérale propose simplement que « lorsqu’un enfant ne dispose que d’un seul parent ou tuteur légal, celui-ci [puisse] le faire adopter par son conjoint et partager l’autorité parentale ». Notons que cela apparaît déjà progressivement à travers la jurisprudence (plusieurs procès récents ont accordé l’adoption à la conjointe d’une mère).

Je ne sais pas si d’autres partis partagent cette approche.

En tout cas, elle a le mérite d’interpeller : plutôt que de chercher à obtenir des droits parfois difficiles à appliquer, pourquoi ne pas simplement demander à la loi de la liberté ?

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