samedi 18 août 2007

La participation aux élections : un signe de mauvaise santé démocratique ?

On a l’habitude de se féliciter d’une forte participation aux élections, et de s’alarmer lorsqu’elle baisse. Ainsi, la participation d’environ 85% des inscrits à l’élection présidentielle a contrasté avec les 60% des législatives qui ont suivi.
Le ressort de telles différences est pourtant évident : il s’agit de la perception de l’enjeu.
Ce qui mobilise, c'est la perception d'un enjeu important, voire d'un risque. Comme les législatives étaient la conséquence de la présidentielle, ce que je regrette, elles ont moins mobilisé. La présidentielle était perçue, à juste titre me semble-t-il, comme le moment d’un choix d’une extrême importance pour de nombreuses années à venir. Mais est-il bien sain de décider à un instant donné de la manière dont sera gouverné le pays pour cinq ans, sans aucun scrutin national intermédiaire ? En 2002, les Français n’ont pas perçu ce nouvel enjeu issu de la réforme du quinquennat. Ils n’ont pas perçu qu’ils laissaient pendant cinq ans les rênes d’un exécutif fort doublé d’un pouvoir législatif vassalisé entre les mêmes mains. En 2007, ils avaient conscience de cet enjeu. En cela, cette participation exceptionnelle a donc quelque chose de malsain.
Arrêtons de nous réjouir sans chercher les causes. Avec une élection tous les 15 ans, la participation serait encore plus importante. Serait-ce préférable ?
D’ailleurs, s’il est important de s'intéresser à la politique, ne serait-ce que pour éviter qu’elle ne finisse par nous contraindre totalement, est-il normal d'en faire un enjeu si important ? Cette importance est liée à la place de l’Etat dans nos vies quotidiennes. Pourtant, le meilleur moyen de « changer sa vie » reste d’agir soi-même, plutôt que d’attendre un changement venu d’en haut.
« Les Français ne veulent plus que l’on décide à leur place » s’écriait Nicolas Sarkozy le jour de son investiture en tant que Présidence de la République , le 16 mai 2007. Il faisait par là référence à cette fameuse participation. Pourtant, une élection ne consiste-t-elle pas à déléguer son pouvoir, à laisser un autre individu agir pour soi-même ? Non, en allant voter pour des candidats dirigistes, les Français n’ont pas réclamé le pouvoir de décider pour eux-mêmes. Ils ont demandé qu’un autre décide à leur place. Pour le meilleur comme pour le pire.

mercredi 8 août 2007

Pédophiles de naissance ?

Au cours d’un entretien avec Michel Onfray pour Philosophie magazine (paru dans le numéro 8 de mars 2007 ; un extrait est reproduit ici), Nicolas Sarkozy affirme qu’il « incline à penser que l'on naît pédophile ». Pour se justifier, il dit qu'il est « né hétérosexuel » (interview sur Libération.fr, le 12 avril 2007 ; dans cette interview, il prétend avoir dit qu’il y avait une part d’acquis et une part d’inné ; vous pourrez vérifier par vous-même que ce n’est en tout cas pas le cas dans ce qu’a reproduit Philosophie magazine, et qui n’a, à ma connaissance, pas été explicitement contesté). La formule est tranchée : elle s’applique à tous les pédophiles, et laisse entendre que l'environnement n'a aucune influence. Or il est clair que les préférences sexuelles ne sont pas uniquement déterminées par la génétique. Entre deux jumeaux monozygotes (« vrais jumeaux » : ayant le même patrimoine génétique), l’un peut être homosexuel et l’autre hétérosexuel, par exemple. Ce n’est pas parce que ce n’est pas un choix que c’est génétique.

La conception du « tout inné » présente des risques, puisqu’elle peut mener à des politiques de prévention obligatoire. Or, si le pédophile est celui qui est sexuellement attiré par les enfants, il ne passe pas forcément à l'acte. C'est là que réside sa responsabilité, son libre arbitre. Et le pédophile n'est pas condamnable s'il n'est pas passé à l'acte : on ne peut pas condamner quelqu'un pour ses désirs, pour ses pensées. Les passions peuvent être déterminées par la biologie, l'environnement. Mais c'est dans le libre arbitre que se situe la dignité de l'homme ; le nier, c'est lui retirer sa dignité.

Ce que je redoute, c'est une obligation de soin a priori. S'il sait contrôler ses pulsions, le pédophile doit être autorisé à vivre avec. Il doit aussi pouvoir choisir les moyens qu’il emploie s’il souhaite recourir à une assistance pour se contrôler. Il n’est évidemment pas question d’une politique de prévention obligatoire aujourd’hui ; mais cette idée se diffuse, et il convient de lutter contre elle avant que quelqu’un décide de l’appliquer. C'est pour moi une règle essentielle pour éviter d'abuser de la puissance publique que d'interdire toute restriction de liberté en l'absence d'acte portant atteinte aux droits d’autrui.