vendredi 28 novembre 2008

Les contraintes étatiques : nécessaires pour développer une économie de l’environnement ?

Dans « De l’audace ! », Bertrand Delanoë souhaite rendre profitables les entreprises qui se développent sur le marché de l’écologie par des « contraintes » règlementaires et des « incitations fiscales », plutôt que de les laisser s’adapter à la demande réelle des consommateurs-citoyens.
Pour lui qui se dit libéral, on est bien loin du compte ! On rend en effet alors certaines entreprises rentables : celles qui sont dans les bons créneaux, déterminés par l’Etat. Elles ne se développent que parce que ces activités sont subventionnées ou rendues obligatoires par la loi. Cela ne veut pas dire qu’il y a création de richesse !
Ainsi, pour caricaturer, le fait de creuser un trou puis de le reboucher à l’identique ne crée aucune valeur : au final, rien n’a changé par rapport à la situation initiale (sauf si cette opération a servi de spectacle, ou d’exercice physique, par exemple ; mais nous ne nous plaçons pas dans de telles situations). Pourtant, cette activité pourrait très bien être subventionnée ou rendue obligatoire. Il pourra alors se former des entreprises basées sur cette activité, sans qu’il y ait pour autant création de richesse : ce n’est pas parce qu’il y a création d’entreprises qu’il y a développement économique !
Au contraire, s’il y a une demande réelle, solvable, alors il y aura bien développement d’un marché. Mais il n’y aura alors pas besoin d’intervention étatique.
Ainsi, l’intervention de l’Etat en ces domaines est soit inutile, soit nuisible.
C’est le principe de la responsabilité individuelle qui doit apporter la réponse aux problèmes environnementaux.

mercredi 12 novembre 2008

Comment le prix unique du livre freine l’innovation

Alors qu’aux Etats-Unis, 125 000 livres sont déjà disponibles en version électronique sur Amazon, selon un article de la revue Médias, c’est le cas de moins de 10 000 titres francophones. Et, toujours selon la même source, alors que les grands éditeurs américains publient systématiquement une version électronique de leurs ouvrages, celle-ci étant vendue quelques dollars, « seules quelques maisons d’édition de taille moyenne » font de même en France, et ces versions sont souvent vendues à peine moins cher que l’édition papier.
Pour quelle raison ?
En France, le prix de vente d’un livre est fixé par l’éditeur. Les distributeurs ne peuvent descendre que de 5% sous ce prix. La concurrence est donc faible entre les distributeurs, sur un marché déjà monopolistique par nature (un texte est la propriété exclusive de son auteur, au moment de sa création). Il y a donc peu d’incitation à innover pour attirer les lecteurs, que ce soit par le service ou par le prix : s’il souhaite lire le livre, le lecteur devra dans tous les cas débourser une somme fixée par l’éditeur, pour un service assez indifférencié entre les distributeurs.
Les éditeurs n’ont quant à eux pas intérêt à proposer des versions électroniques moins chères, puisqu’ils ne subissent aucune concurrence sur les prix venant des éditions papier. Par la règlementation sur le prix du livre, on maintient donc artificiellement des prix plus élevés, tout en diminuant l’attrait de l’innovation.

lundi 1 septembre 2008

Bertrand Delanoë libéral ? Etude du livre « De l’audace ! »

Bertrand Delanoë, De l'audace
Bertrand Delanoë a eu l’audace de se revendiquer libéral. L’audace aussi de dire que les valeurs de gauche sont compatibles avec le libéralisme.
Ce qui fait naître l’ambigüité, et c’est là tout son art, c’est qu’il se revendique à la fois « socialiste et libéral » : au sens classique, ces deux termes renvoient respectivement au collectivisme et à la confiance en l’individu, deux notions difficilement compatibles.
D’où le besoin d’aller voir plus loin : comment concilie-t-il ces deux doctrines politiques, apparemment si éloignées ? Y a-t-il tromperie sur l’une ou l’autre (voire sur les deux), ou parvient-il à rassembler les essences de chacune des pensées ? C’est par l’étude de son livre que je vous propose de répondre à ces questions.
 
Des idéaux libéraux
 
A plusieurs reprises dans son ouvrage, Bertrand Delanoë souligne que la liberté doit être une priorité, qu’il ne peut y avoir d’égalité sans liberté (page 37, par exemple).
Il loue le libéralisme comme « indifférence bienveillante devant la singularité des choix de chacun » (page 45).
Comme Alternative Libérale depuis sa naissance en 2006, il souligne que « Nicolas Sarkozy n’est pas libéral, il est conservateur (…) étatiste, protectionniste » (page 133).
 
Des propositions inspirées du libéralisme
 
Dans le premier chapitre, intitulé « Ma gauche », Bertrand Delanoë défend des idées libérales. Il soutient l’assouplissement du droit du travail (dans le cadre d’une négociation salariale), et plaide pour l’acceptation par la gauche des mots « flexibilité », « concurrence », « compétition » (pages 48 à 50). Rejetant avec véhémence l’économie dirigée, il défend « le droit d’entreprendre, le droit de choisir les produits qui nous conviennent, le droit de constituer un patrimoine » (page 38). Plus loin, il critique aussi la complexité de la législation sociale (page 114).
 
Et s’il défend le « droit de mourir dans la dignité », c’est bien parce qu’il considère que chacun doit être libre de choisir pour soi-même (page 202). Bertrand Delanoë est d’ailleurs membre de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité.
 
En matière de lutte contre le terrorisme, il se montre attaché à la séparation des pouvoirs et au respect des droits de la personne en voulant donner plus de moyens matériels à la police et à l’armée, tout en refusant de réduire les droits du prévenu (moyens juridiques) (page 263).
 
Il reconnaît aussi la supériorité du libéralisme, même dans ses versions dénaturées, sur le collectivisme, en s’appuyant sur l’exemple des pays africains : « ceux qui ont choisi une voie plus libérale, même autoritaire, ont infiniment mieux réussi que les nationalistes dictatoriaux et étatistes appuyés par l’URSS » (page 280).
 
D’autres propositions, collectivistes
 
Malgré sa défense du « droit de constituer un patrimoine », Bertrand Delanoë soutient le maintien de l’ISF (« c’est évident », écrit-il). Il veut le lier au rendement du capital. On se demande pourquoi il ne considère pas que l’impôt sur le revenu remplit déjà cette mission de taxation des revenus du capital, et qu’il est difficile de justifier cette double imposition…
 
Parallèlement, s’il souhaite rationaliser la dépense publique, ce n’est pas pour rendre du pouvoir à chaque citoyen, mais pour permettre à l’Etat d’intervenir plus, puisqu’il assume un niveau d’impôt élevé. Il aime aussi les lois normatives, puisqu’il revendique la loi imposant 20% de logements sociaux par commune (page 170).
 
Il souhaite par ailleurs limiter l’immigration. Pour ce faire, il veut s’attaquer à ceux qui emploient des sans-papiers et à ceux qui les logent (pages 167 et 168). C’est tout le contraire de la philosophie d’Alternative Libérale, qui propose de donner des papiers à tous ceux qui disposent d’une promesse d’embauche, même s’il souhaite malgré tout « intégrer » les « étrangers qui travaillent depuis longtemps en France ». Ainsi, même sur les questions « sociétales », Bertrand Delanoë ne se montre pas vraiment libéral.
 
Pire encore, il entend imposer un mode de vie aux immigrants : il souhaite refuser l’entrée sur le territoire aux polygames, et refuse qu’on leur propose un appartement leur permettant de vivre ensemble. Justification : « la République a des principes » (pages 180 et 181). L’argument du respect de la femme est compréhensible, et se pose la question de la liberté. Mais si tous sont consentants, quel est le principe bafoué par ce mode de vie ?
 
De même, il estime que le développement africain nécessite des « moyens » français (page 172). Cela revient à dire que les Africains ne sont pas capables de créer leur développement. Pas très libéral !
 
Il souligne ensuite son fort interventionnisme économique à Paris, avec l’achat de locaux dans le but d’attribuer des baux préférentiels, « pour favoriser certains types d’activités » (page 195).
Il défend aussi cet interventionnisme en matière d’écologie : c’est par des « contraintes » règlementaires et des « incitations fiscales » qu’il veut rendre profitables les entreprises qui se développent sur le marché de l’écologie (pages 234 et 238), plutôt que de les laisser s’adapter à la demande réelle des consommateurs, et faire face aux demandes des individus lésés. En matière d’urbanisme, enfin : la Mairie a décidé de la création d’un quartier (aux Batignolles), avec de nombreuses contraintes, le choix du type d’habitations… (pages 242 et 243).
 
Pour terminer, il exprime une position tranchée sur le sujet épineux de la sécurité : « Je soutiens le plan Vigipirate (…). La sécurité et la sérénité valent bien quelques désagréments. » (page 249). Dommage qu’il n’émette pas, à côté de cette affirmation, quelques réserves sur l’excès de contrôles, qui brime les libertés.
 
Ainsi, Bertrand Delanoë n’apparaît ni vraiment libéral, ni vraiment socialiste. Il défend certaines idées libérales, mais reste fortement interventionniste.
Cependant, cette revendication « libérale » de Bertrand Delanoë aura au moins eu l’avantage de sortir le libéralisme de son image « de droite » : le libéralisme transcende le clivage gauche-droite, puisqu’il propose de respecter les choix de vie, la morale de chacun.
 
La pagination fait référence à l’édition Robert Laffont de mai 2008.

mercredi 30 juillet 2008

La gauche, la droite, le libéralisme

Les socialistes sont-ils de gauche ?
 
L’objet principal de cet article est de définir la droite et la gauche, ces deux « camps » politiques, donnant une grille d’analyse de l’espace politique aussi insatisfaisante théoriquement que jugée indispensable par la plupart des électeurs. Cela permettra de comprendre comment positionner les libéraux sur l'échiquier politique.
 
Qu’est-ce que la gauche ?
 
Les préoccupations de la gauche sont traditionnellement centrées sur la justice sociale, l'égalité, la solidarité, l'humanisme, la liberté, la lutte contre l’oppression, le progrès, la défense des plus faibles, l’universalisme.
 
L’histoire de la gauche commence par une lutte pour l’obtention de droits économiques et politiques, lors de la Révolution Française. Cette lutte mène à la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen de 1789. La gauche est alors essentiellement libérale.
 
Au XXème siècle, la gauche, alors principalement constituée des socialistes et des communistes, incarne aussi le collectivisme, dans un souci de mener à une égalité réelle entre les citoyens, quitte à utiliser la contrainte de la loi. On peut souligner la contradiction entre cette tendance et le souci de lutte contre l’oppression, puisque le collectivisme revient à imposer à tous la volonté d’une majorité sur de nombreux sujets. D’où la question, un brin provocatrice : « Les socialistes sont-ils de gauche ? ».
 
La gauche, c’est aussi la volonté de changement, changements radicaux, ambitieux. La gauche a une attitude critique face au présent, et plus encore face au passé : elle est révolutionnaire ou réformiste, et en tout cas progressiste.
 
On voit aussi parfois la gauche comme défendant essentiellement l’égalité, en ignorant toute autre considération (notamment de liberté). Ainsi, pour vaincre les résistances, briser l’ordre établi, la gauche peut être amenée à limiter, au moins temporairement, les libertés. Dans le but de parvenir à l’égalité économique réelle, elle aura aussi tendance à se concentrer sur la répartition des richesses existantes, plutôt que sur la capacité à créer de nouvelles richesses. Dans ce cas, les socialistes paraissent plus clairement à gauche.
 
Qu’est-ce que la droite ?
 
La droite se pose traditionnellement en défenseuse de l’ordre, du travail, de la famille et de la responsabilité individuelle devant des normes établies. Stabilité, légalité, préoccupation de l’avenir comme perpétuation du passé et du présent sont les principales revendications de la droite. Elle montre un respect important de la hiérarchie, accorde une importance élevée à la sécurité, à la défense de la patrie. Elle valorise l’effort, l’émulation, la concurrence. Elle conçoit la justice comme distributrice de sanctions ou de récompenses, plus que comme une instance permettant de rétablir des droits bafoués.
 
La droite souligne l’inégalité des talents et des performances, qu’elle refuse d’égaliser par la loi. Elle souhaite protéger les plus faibles, mais sans que cela décourage ceux qu’elle voit comme les plus entreprenants, les plus talentueux ou les plus riches.
 
Une partie de la droite considère l’individu comme maître de son destin, autonome, responsable et elle défend la propriété. Cela la rapproche du libéralisme. Elle s’en éloigne lorsqu’elle cherche à favoriser un modèle d’organisation (issu de la tradition), en pénalisant les choix alternatifs, ou encore lorsqu’elle fait passer « l’intérêt supérieur de la nation » devant les droits individuels (notamment de propriété).
 
A l’extrême droite, on trouvera le traditionalisme, le nationalisme, l'autoritarisme, c’est-à-dire les partisans d'un pouvoir fort.
 
Les libéraux : compatibles avec la droite et la gauche
 
On le voit, les définitions de la droite et de la gauche, même si l’on se restreint aux valeurs, sont floues et elles changent dans le temps. Il est cependant possible d’en dégager des tendances, décrites ci-dessus.
 
Le libéralisme partage certaines valeurs de la droite (responsabilité individuelle, propriété) et certaines valeurs de la gauche (lutte contre l’oppression, justice) : il incarne la défense de la liberté et de la responsabilité individuelle face à autrui. Il ne semble donc pouvoir être placé clairement d’un côté ou de l’autre.
 
C’est, somme toute, assez logique : les libéraux souhaitent principalement laisser chacun libre de gouverner sa vie, avec comme limite le respect des droits des autres. Comme le souligne Alcodu sur son blog Gauche libérale : « il y a des libéraux de droite et des libéraux de gauche, mais le propre des libéraux c'est de ne pas vouloir gouverner la société au nom d'une morale de droite ou d'une morale de gauche ».
 
 
Bibliographie :
- André Comte Sponville, Dictionnaire philosophique, PUF, 2001, article Droite/gauche
- Mathieu Burelle, Qu'est­-ce que la gauche ? (article web aujourd’hui inaccessible)
 
Je recommande par ailleurs le texte Les libertariens sont-ils à droite ? du site Le Québéquois libre.

 
Retrouvez quelques commentaires sur mon ancien blog.

vendredi 23 mai 2008

Une expérience dans les universités chinoises


Au cours de l’été 2005, j’ai effectué un séjour de huit semaines en Chine. J’ai commencé par un stage linguistique de trois semaines à Shanghai Jiaotong University, à Shanghai. J’ai ensuite passé cinq semaines à l’université Jiaotong de Chengdu, au sud-ouest de la Chine. Ces deux universités sont partenaires de l’Ecole Centrale Paris dans le cadre du réseau T.I.M.E.
A Chengdu, en plus des cours de chinois, j’ai travaillé dans les ateliers appartenant à l’université, et qui servent à faire découvrir aux étudiants chinois la vie en usine. J’ai été intégré à une équipe constituée de quelques étudiants chinois en vue d’effectuer différentes tâches « ouvrières ».
Je vous livre ici impressions et commentaires sur cette expérience.
  

Ressenti global

A mon arrivée en Chine, j’ai été surpris par le peu de différences avec la vie en Europe. Je ne me suis pas senti dépaysé à la vue des bâtiments non plus. Ceci est probablement dû au fait que j’ai principalement séjourné dans de grandes villes, et qui plus est dans le milieu universitaire ; par ailleurs, j’avais peut-être une image caricaturale de la Chine comme pays communiste en développement…
Malgré tout, les différences au quotidien sont nombreuses, comme je l’ai découvert progressivement.
  

La langue

Ce qui saute aux yeux immédiatement, et qui m’a un peu impressionné, est l’omniprésence des caractères chinois – bien normale, me direz-vous.
Les énormes affiches publicitaires à l’arrivée, dans l’aéroport, avec leurs inscriptions en chinois (et de rares traductions en anglais) sont assez saisissantes. On en retrouve évidemment beaucoup à l’extérieur. Mais bien sûr, au fil des jours, on s’y habitue.
A l’oral, la communication est assez difficile. Tous les étudiants parlent anglais, plus ou moins bien ; mais ils sont presque les seuls. Dès lors, il est assez difficile de comprendre, et d’être compris, après seulement un an de cours de chinois. On s’en sort en dessinant, en montrant des mots ou des expressions dans les guides de voyage, ou encore en trouvant des personnes bilingues anglais-chinois : les commerçants le font très naturellement.
  

Le coût de la vie

Deuxième choc : les prix. Un euro vaut environ dix yuans. Or un repas au restaurant universitaire vaut environ quatre yuans, et le taxi à l’arrivée, après un parcours d’une cinquantaine de kilomètres, a coûté 220 yuans.
A l’arrivée, cela surprend. Mais lorsqu’on apprend que le salaire d’un ingénieur sortant de Southwest Jiaotong University est d’environ 2300 yuans par mois, on se rend compte de ce que peut être le coût de la vie pour un chinois.
  

Les Chinois

Les Chinois me sont apparus très accueillants. A titre d’exemple, lorsque je suis arrivé à Shanghai Jiaotong University, un étudiant a passé trois heures avec moi, pour m’aider à trouver où je logerais, et me faire découvrir le campus.
  

Au travail

Le nombre d’employés est très important, et, parallèlement, il arrive de voir des employés dormir au travail (pour la sieste, notamment), dans les commerces en particulier.
Mon expérience la plus surprenante s’est déroulée dans une pharmacie, à Chengdu, où il y avait une vingtaine d’employées pour environ cinq clients. Je me suis fait aborder trois fois par des « Can I help you ? », sans pour autant parvenir à faire comprendre ce que je voulais.
  

La question de la sécurité au travail

La sécurité est l’un des éléments les plus frappants dans les ateliers de l’université, pour son faible niveau.
Là où les machines rencontrées en France sont munies de systèmes permettant l’interruption automatique en cas d’opération anormale, les machines des ateliers de Southwest Jiaotong University ne présentent même pas, pour la plupart, de bouton d’arrêt d’urgence.
Plus significatif encore, dans l’atelier de soudure au chalumeau, les deux bouteilles de gaz (combustible et comburant) sont situées dans deux coins de la pièce, et les tuyaux parcourent une distance assez importante, en étant pratiquement tendus, pour se rejoindre au niveau du chalumeau. Le parcours des tuyaux n’étant absolument pas protégé, il suffirait qu’une personne trébuche sur l’un d’eux pour dévier le chalumeau et provoquer d’importantes brûlures. A ce sujet, j’ai aussi remarqué l’absence de douche de sécurité, qui pourrait pourtant être utile en cas d’inflammation de vêtements… Je n’ai assisté à aucun incident, mais on m’a relaté quelques brûlures à l’atelier de soudure.
  

Les marques

J’ai par ailleurs été très impressionné, dès mon arrivée, par la présence importante de la publicité, et de nombreuses marques étrangères, parmi lesquelles plusieurs françaises, en particulier dans les domaines de la beauté (marques du groupe L’Oréal, notamment) et du luxe. De la part d’un pays au régime communiste, je ne m’attendais pas à cela.
L’explication vient probablement en partie du fait que j’étais à Shanghai, ville internationale. A Chengdu, même si publicités et marques étrangères restaient présentes, elles l’étaient déjà moins, alors qu’il s’agit d’une ville de plusieurs millions d’habitants.
Par ailleurs, l’ouverture économique de la Chine est réelle, et l’image que j’en avais était en fait erronée, parce que datant d’un certain temps.
  

La politique

Les étudiants chinois que j’ai pu rencontrer étaient mal à l’aise avec les sujets politiques : ils disaient ne pas être sensés en parler avec les étrangers. Ils fuyaient notamment les questions sur Taiwan, sur le parti unique…
 
Globalement, je considère que ce séjour a été très enrichissant sur le plan humain. La rencontre avec la culture chinoise est un élément fondamental de cet enrichissement. A cet égard, le fait d’être installé dans une université, où la rencontre avec des étudiants chinois est facile, a été particulièrement avantageux.
Cela m’a aussi permis d’avoir un ressenti de la situation réelle dans ce pays, au-delà des idéalisations - positives ou négatives.

vendredi 18 avril 2008

Audiovisuel public : couper l’autofinancement, pour augmenter sa dépendance vis-à-vis de l’Etat

Nicolas Sarkozy a annoncé vouloir interdire la publicité sur les chaînes de télévision et de radio publiques. En échange, il propose de créer de nouvelles taxes.
Il propose donc d’empêcher un échange, donc d’empêcher de la création de valeur (toutes les parties y trouvaient un intérêt et y consentaient : chaîne, annonceurs, téléspectateurs), et de détruire une ressource. Pour compenser, il propose de prélever plus par l’impôt : cela rend perceptible la destruction de valeur.
Nous allons donc payer nos ordinateurs, nos téléphones portables plus chers.
Mais l’invention la plus amusante est la taxe sur la publicité des autres chaînes : ainsi, ceux qui paieront le plus pour financer les chaînes de service public seront ceux qui regardent les autres chaînes. Mieux : moins le service public attirera de téléspectateurs, plus ses rentrées financières seront élevées !
Enfin, un autre aspect important, et plus gênant, est le fait que cette réforme va augmenter la dépendance des chaînes publiques vis-à-vis de l’Etat, puisqu’il représentera sa seule source de financement. La fin de la télévision gouvernementale n’est pas pour demain !

vendredi 21 mars 2008

Gagner du temps sur l'ouverture au textile chinois ?

D'après une dépêche AFP du 19 juin 2007, François Fillon se serait engagé à tenter de "faire aussi bien que les États-Unis" face au textile chinois, c'est à dire à repousser la date de la fin des quotas à 2009 plutôt que 2008.
Il n’y est pas parvenu, mais il demeure intéressant d’analyser cette prise de position. Qu’est-ce que ce report aurait signifié ? Que, d'une part, les Français auraient dû payer leurs vêtements plus cher un an de plus. Et, d'autre part, que notre secteur textile aurait perdu un an de plus pour s'adapter : en effet, en l'absence de concurrence, l'innovation aurait été moins favorisée.
Soulignons cependant qu'avec la Chine, nous avons affaire à un cas particulier. Le raisonnement libéral consiste à dire que si un travailleur chinois est prêt à travailler à un prix inférieur au travailleur français pour le même résultat, il est bien normal que le consommateur ait tendance à plutôt s'adresser à lui. Mais ce travailleur chinois a-t-il vraiment le choix ? Puisqu'il vit sous un régime peu ouvert aux libertés individuelles, on peut en douter. Cela ne change rien au raisonnement concernant la France, et ne justifie donc pas le discours de M. Fillon. Mais cela rappelle le risque de servitude qu'implique l’intervention de l’Etat dans l’économie.

dimanche 13 janvier 2008

Comment rémunérer de façon juste les apporteurs de capitaux et les travailleurs ?

Seconde partie de la synthèse entamée avec l’article « Les propriétaires de capitaux et les travailleurs sont-ils ennemis ? ».
 
Rémunérer à une "juste valeur"
Qu’il s’agisse de travail ou de capital, l’idée d’une « juste valeur » est assez répandue : certaines rémunérations seraient excessives, d’autres injustement basses. Il n’y a pas de valeur objective, mais une valeur perçue par chacun. Ainsi, la rémunération du travail correspond à un prix que l’employeur est prêt à payer, et pour lequel le salarié accepte de travailler : l’employeur préfère payer ce prix plutôt que de ne pas embaucher ce salarié ; le salarié préfère être payé à ce prix plutôt que de travailler ailleurs ou ne pas travailler.
On peut avancer que les relations entre l’employeur et l’employé sont asymétriques. Cela modifie les conditions de la négociation, mais de ne modifie pas les fondements de l’échange : il y a bien consentement. Par ailleurs, cette asymétrie n’est pas systématique. Si elle peut apparaître comme très crédible quand on pense aux grosses entreprises, face au vulnérable salarié, elle s'effrite déjà si l'on regarde vers les petites entreprises. Or, le salarié peut mettre en concurrence ces deux types d'entreprises, ce qui doit mener à harmoniser les deux. Elément important aussi : il faut que le salarié ait conscience de son pouvoir dans la négociation : l'employeur a intérêt à l'embaucher. S'il part perdant, il risque effectivement d'avoir moins que ce qu'il pourrait avoir.
La façon libérale d'aborder les choses consiste à dire que, dans tous les cas, ce sont deux individus qui décident de coopérer. Certes, le salarié a besoin de son salaire pour survivre. Outre le fait que les employeurs ont besoin de salariés pour survivre aussi (sinon, pas de chiffres d'affaires, et donc pas de revenu), il a théoriquement face à lui plusieurs employeurs potentiels. Le chômage est à l'origine d'une asymétrie dans la concurrence : l'employeur a le choix entre plusieurs candidats, et le salarié, lui, risque de ne pas trouver d'employeur. Cependant, ce chômage pourrait être réduit par des mesures structurelles (j'écrirai un article sur ce sujet).
Par ailleurs, pour surmonter la différence de poids dans la négociation, les salariés ont intérêt à s'organiser, à se regrouper : c'est le rôle des syndicats. Ensemble, ils ont plus de force pour négocier.
Enfin, n'oublions pas que le candidat-salarié d'un jour peut devenir employeur le lendemain. En effet, une autre alternative pour lui est de travailler à son compte.
 
Le libéralisme, promesse de lendemains qui chantent ?
Les conditions de vie que doivent supporter certaines personnes sont à l’origine de la révolte contre des rémunérations perçues comme « imposées ». Pourtant, si la vie est dure, c’est parce que les ressources sont limitées, et non parce certains volent les autres. Ce n’est pas une raison pour exploiter ceux qui valorisent le mieux les ressources disponibles. D’ailleurs, une telle exploitation peut induire une pauvreté plus généralisée, comme je l’indique dans un autre article.
Je reconnais clairement que le libéralisme ne résoudra pas tous les problèmes par enchantement. Je suis juste convaincu qu’il propose la solution la plus respectueuse de l’individu, et qui, de plus, permet la plus grande création de valeur.
L’alternative d’une gestion centralisée, par l’Etat, du capital et du travail ne résout d’ailleurs en rien les difficultés liées la nécessaire accumulation de capital. D’où viendrait l’argent de l’Etat ? Comment financerait-il, lui, ce capital ? Comment permettrait-il l’innovation, l’apparition de capital nouveau ? N’utiliserait-t-il pas, au final, les mêmes moyens, avec des salariés à son service ? La différence est dans la liberté de ces salariés de choisir une autre organisation, et dans la possibilité pour chacun de disposer librement du fruit de son travail.
La S.A. n’est qu’un mode d’organisation. La différence avec la gestion étatique est que ceux qui mettent à disposition leur capital l’ont fait volontairement, étant donné les garanties que leur apportait la structure ; ce sont eux qui prennent les décisions et assument les risques, ils sont responsables. De même, les salariés ont la possibilité de refuser des conditions trop strictes pour aller ailleurs. Lorsque c’est l’Etat qui gère, cet assentiment et cette liberté disparaissent. C’est une porte ouverte vers le despotisme.