dimanche 13 janvier 2008

Comment rémunérer de façon juste les apporteurs de capitaux et les travailleurs ?

Seconde partie de la synthèse entamée avec l’article « Les propriétaires de capitaux et les travailleurs sont-ils ennemis ? ».
 
Rémunérer à une "juste valeur"
Qu’il s’agisse de travail ou de capital, l’idée d’une « juste valeur » est assez répandue : certaines rémunérations seraient excessives, d’autres injustement basses. Il n’y a pas de valeur objective, mais une valeur perçue par chacun. Ainsi, la rémunération du travail correspond à un prix que l’employeur est prêt à payer, et pour lequel le salarié accepte de travailler : l’employeur préfère payer ce prix plutôt que de ne pas embaucher ce salarié ; le salarié préfère être payé à ce prix plutôt que de travailler ailleurs ou ne pas travailler.
On peut avancer que les relations entre l’employeur et l’employé sont asymétriques. Cela modifie les conditions de la négociation, mais de ne modifie pas les fondements de l’échange : il y a bien consentement. Par ailleurs, cette asymétrie n’est pas systématique. Si elle peut apparaître comme très crédible quand on pense aux grosses entreprises, face au vulnérable salarié, elle s'effrite déjà si l'on regarde vers les petites entreprises. Or, le salarié peut mettre en concurrence ces deux types d'entreprises, ce qui doit mener à harmoniser les deux. Elément important aussi : il faut que le salarié ait conscience de son pouvoir dans la négociation : l'employeur a intérêt à l'embaucher. S'il part perdant, il risque effectivement d'avoir moins que ce qu'il pourrait avoir.
La façon libérale d'aborder les choses consiste à dire que, dans tous les cas, ce sont deux individus qui décident de coopérer. Certes, le salarié a besoin de son salaire pour survivre. Outre le fait que les employeurs ont besoin de salariés pour survivre aussi (sinon, pas de chiffres d'affaires, et donc pas de revenu), il a théoriquement face à lui plusieurs employeurs potentiels. Le chômage est à l'origine d'une asymétrie dans la concurrence : l'employeur a le choix entre plusieurs candidats, et le salarié, lui, risque de ne pas trouver d'employeur. Cependant, ce chômage pourrait être réduit par des mesures structurelles (j'écrirai un article sur ce sujet).
Par ailleurs, pour surmonter la différence de poids dans la négociation, les salariés ont intérêt à s'organiser, à se regrouper : c'est le rôle des syndicats. Ensemble, ils ont plus de force pour négocier.
Enfin, n'oublions pas que le candidat-salarié d'un jour peut devenir employeur le lendemain. En effet, une autre alternative pour lui est de travailler à son compte.
 
Le libéralisme, promesse de lendemains qui chantent ?
Les conditions de vie que doivent supporter certaines personnes sont à l’origine de la révolte contre des rémunérations perçues comme « imposées ». Pourtant, si la vie est dure, c’est parce que les ressources sont limitées, et non parce certains volent les autres. Ce n’est pas une raison pour exploiter ceux qui valorisent le mieux les ressources disponibles. D’ailleurs, une telle exploitation peut induire une pauvreté plus généralisée, comme je l’indique dans un autre article.
Je reconnais clairement que le libéralisme ne résoudra pas tous les problèmes par enchantement. Je suis juste convaincu qu’il propose la solution la plus respectueuse de l’individu, et qui, de plus, permet la plus grande création de valeur.
L’alternative d’une gestion centralisée, par l’Etat, du capital et du travail ne résout d’ailleurs en rien les difficultés liées la nécessaire accumulation de capital. D’où viendrait l’argent de l’Etat ? Comment financerait-il, lui, ce capital ? Comment permettrait-il l’innovation, l’apparition de capital nouveau ? N’utiliserait-t-il pas, au final, les mêmes moyens, avec des salariés à son service ? La différence est dans la liberté de ces salariés de choisir une autre organisation, et dans la possibilité pour chacun de disposer librement du fruit de son travail.
La S.A. n’est qu’un mode d’organisation. La différence avec la gestion étatique est que ceux qui mettent à disposition leur capital l’ont fait volontairement, étant donné les garanties que leur apportait la structure ; ce sont eux qui prennent les décisions et assument les risques, ils sont responsables. De même, les salariés ont la possibilité de refuser des conditions trop strictes pour aller ailleurs. Lorsque c’est l’Etat qui gère, cet assentiment et cette liberté disparaissent. C’est une porte ouverte vers le despotisme.