dimanche 12 septembre 2010

Jean-Jacques Goldman libéral ?

Jean-Jacques Goldman est connu pour son engagement à gauche. Il a par exemple offert sa chanson de campagne à Lionel Jospin en 2002 : « Ensemble ». Mais l’écoute attentive de ses textes permet de l’associer plus précisément à une famille de la gauche : la gauche libérale.

Bien sûr, les chansons n’expriment pas nécessairement l’opinion exacte de celui qui les écrit ou les chante. Mais il est intéressant de mesurer à quel point les valeurs libérales imprègnent l’univers de l’artiste.


La chanson « Il changeait la vie » est particulièrement parlante. Sortie en 1987, l’allusion semble claire avec le titre du programme socialiste de 1973, repris comme slogan de la campagne de François Mitterrand en 1974, et encore beaucoup utilisé ensuite. Mais la chanson ne se réclame pas de la même idéologie : « loin des beaux discours, des grandes théories », elle raconte le parcours d’un cordonnier, d’un professeur et d’un musicien qui, chacun à leur manière, changent la vie de ceux qui les entourent. L’action concrète, quotidienne, par l’usage, le partage, l’échange de ses compétences propres ; bel hymne libéral, qui a – pourtant ? – servi de chanson de campagne à Lionel Jospin en 1995.


Dans l’hymne à la liberté qu’est « Là-bas » (1987), Goldman rêve d’un « Libre continent sans grillage », où il « Faut du cœur et faut du courage / Mais tout est possible à mon âge / Si tu as la force et la foi », où « L'or est à portée de tes doigts ». Un endroit où il aura sa « chance », ses « droits », où « Tout ce que tu mérites est à toi ». Mais il doit lutter contre la voix de la peur, qui inhibe en voulant protéger, et qui lui rappelle qu’il y a « des tempêtes et des naufrages », symboles des risques associés à la liberté. Même constat dans « La pluie » (2001) : « Pas de jolie vie, / de joli chemin / si l'on craint la pluie » ; alors « Autant apprendre / À marcher / Sous la pluie / Le visage / Offert ».


Loin des discours misérabilistes et du concept de discrimination positive, il invite, dans « C’est ta chance » (1987), à faire de toute différence une force, malgré l’adversité : « Il faudra que tu apprennes / A perdre, à encaisser / Tout ce que le sort ne t'a pas donné / Tu le prendras toi-même / Oh, rien ne sera jamais facile / Il y aura des moments maudits / Oui, mais chaque victoire ne sera que la tienne / Et toi seule en sauras le prix » ; « C'est ta chance, ton appétit, ton essence / La blessure où tu viendras puiser la force et l'impertinence » ; « Toujours prouver deux fois plus que les autres assoupis d'évidence / Ta puissance naîtra là ».


Cela ne l’empêche bien évidemment pas de critiquer ce qu’on appelle la « société de consommation » – qui n’est pas forcément libérale ! – dans « Les choses » (2001) : « J'envie ce que les autres ont / Je crève de ce que je n'ai pas / Le bonheur est possession / Les supermarchés mes temples à moi » ; « J'achète pour être, je suis / Quelqu'un dans cette voiture » ; « C'est plus 'je pense' mais 'j'ai' donc je suis ». Le libéralisme est avant tout humanisme.


Jusque sur le thème de l’amour, l’idéal libéral de Goldman s’exprime. Il appelle ainsi au respect de l’identité de l’autre dans « Qu’elle soit elle » (1987) : « On voudrait bien qu'ils soient à notre image / On voudrait bien qu'ils soient un autre soi (…) Mais qu'elle soit elle / Le mieux qu'elle pourra ». Et il revendique sa liberté, soulignant le trouble que créent chez lui les « Mon doudou, mon chéri / Mon amour », dans « Appartenir » (1987) : « Je ne t'appartiens pas (…) Je n'appartiens qu'à moi ».

4 commentaires:

Anonyme a dit…

Bien contente de voir qu'un "autre que moi" (et en plus du "même mouvement politique !) s'est fait la même réflexion sur le caractère "flagramment poliitique" des chansons de Jean-Jacques Goldman (qui est mon chanteur préféré ! Matthieu, t'as une amie !).

Par contre, je ne partage pas du tout ton avis sur le caractère "libéral" de ces chansons ! Et ce "parce que je justement il critique la société de consommation" et qu'il appelle dans sa chanson 'Là-bas' à rejoindre un pays où "il n'y a rien" (et il faut être bête pour ne pas penser stricto sensu à "la fameuse Forêt amazonienne" !) et en tout cela, loin de rejoindre le mouvement des 'libéraux', il est plutôt en total accord avec "les altermondialistes et les anars anticapitalistes" ! 'Gagner sa vie par soi-même' est totalement possible "dans une société d'abondance", en devenant tout simplement 'entrepreneur'. En Forêt amazonienne tu te débrouilles peut-être seul mais "en végétant à vie, sans jamais pouvoir amener le confort" car il n'y a pas ce qu'il faut pour cela, c'est 'toute la différence' !

Pour moi Goldman est un....liberTAIRE. C'est pour moi 'chose flagrante' et même pas discutable ! Mais pas un libéRAL.

Matthieu a dit…

Bonjour,

Merci pour ce commentaire.

En revanche, je ne partage pas votre analyse. D'une part parce que je considère qu'avoir un regard critique sur la société de consommation n'est pas nécessairement incompatible avec le libéralisme : chacun est aussi libre d'être sobre, notamment pour des raisons philosophiques ; c'est seulement imposer ce mode de vie à d'autres qui serait problématique, et non émettre des critiques et essayer de convaincre.
Par ailleurs, concernant "Là-bas", c'est selon moi loin d'être un pays où il n'y a rien, puisque chacun y "a [ses] droits" : il me semble au contraire que ce pays est très en phase avec le libéralisme, bien plus qu'avec l'anarchisme.

Bien cordialement,
Matthieu

Anonyme a dit…

Toujours "la même anonyme" (que donc 'tu connais' !).

"Chacun est aussi libre d'être sobre, notamment pour des raisons philosophiques" :

Oui sauf qu'on entend nettement dans les chansons de Goldman, que lui "va beaucoup plus loin" qu'en faire seulement une 'affaire personnelle' !

Quant au pays dont il est question dans "Là-bas", je comprends que les fameux "droits" en question sont bien plus "à prendre soi-même" qu'ils ne sont donnés !

Mais bon, comme de toute manière "seul Goldman lui-même connaît parfaitement le sens des paroles de SES PROPRES chansons", nous disputer pendant des heures dessus tiendrait tout simplement du ridicule (l'idéal serait qu'il trouve le temps de "venir faire lui-même un commentaire", rêvons un peu !...).

Derclaz isidore a dit…

Un grand merci pour avoir mis en mots ce que moi et pas mal d'amis poètes reconnaissent comme une évidence : Goldman est un chantre de l'individualisme, et ce depuis de nombreuses années. Pour un seul "Il suffira d'un signe", combien de "C'est ta chance", de "Là-bas", et surtout "Être le premier", véritable hymne à la lutte de tous contre tous, et pire chanson de son répertoire jusqu'au calamiteux et tristement célèbre "Toute la vie", summum de mauvais goût qui essaye de convertir la lutte des classes en lutte intergénérationnelle...
Merci pour ce billet.