samedi 24 novembre 2012

Mariage : mettre fin à une discrimination d’Etat

Aujourd’hui, selon que l’on vit seul, en couple, en colocation, selon que l’on est lié ou non à un autre individu par un PACS, un mariage, un lien de filiation officiel, on bénéficie d’avantages ou de pénalités très significatifs de la part de cette entité qui prétend pourtant être garante de l’équité, l’Etat. En effet, qu’il s’agisse de droits de visite, d’héritage, d’impôts sur le revenu, de pension de réversion, les différences sont très significatives entre ces différents statuts.

Pour les défenseurs de la liberté et de la justice, c’est la suppression du mariage civil, la fin des avantages catégoriels, et le rétablissement de la liberté de contrat qu’il faudrait mettre en œuvre. En effet, s’il était possible pour chacun de désigner librement une ou plusieurs personnes bénéficiaires de ses biens en cas de décès, de l’autorité parentale sur ses enfants, ou d’une pension de réversion [1] ; si les droits de succession étaient identiques quel que soit le lien « officiel » entre l’héritier et le défunt ; si l’impôt sur le revenu ne résultait pas d’une formule complexe prenant en compte des paramètres intimes ; alors l’organisation de la vie commune, quelle que soit la composition de la communauté, n’aurait plus vocation à faire partie du débat public.

Cependant, la volonté d’une telle réforme de la place de l’Etat dans nos intimités étant pour l’heure très minoritaire, ce n’est pas le choix qui se pose à nous aujourd’hui. Ce choix se situe entre le statu quo et l’ouverture du mariage civil et de certaines possibilités liées à la filiation à de nouveaux couples, c’est-à-dire la suppression d’une discrimination d’Etat, qui consiste à imposer un schéma prédéfini, basé sur l’état civil, pour une série de possibilités juridiques et fiscales. Si minime soit le progrès, la fin de cette discrimination d’Etat est préférable au statu quo.

Très éloignée de l’idéal de liberté d’organisation, cette proposition de réforme ouvre cependant légèrement le champ des possibles ; elle diminue donc, un tout petit peu, le pouvoir de l’Etat sur nos vies, et doit de ce fait être défendue. 

C’est donc sur cette base, et face à l’opposition que rencontre cette légère ouverture du carcan qu’impose l’Etat, que je marcherai dimanche 16 décembre aux côtés de l’Inter-LGBT.


[1] en payant le complément de cotisation nécessaire à l’organisme de retraite 

Sur la question plus spécifique de l’homoparentalité, j’ai fait il y a cinq ans un état des lieux, qui me semble encore largement d’actualité : Homoparentalité : le champ des possibles.

jeudi 7 juin 2012

Pour les législatives, je vote Pirate !

Dans ma circonscription, j’ai le choix entre non moins de 18 candidats, incluant François Fillon, dont la présence explique peut-être le nombre des concurrents, qui doivent avoir pressenti qu’il s’agirait d’un spot médiatique. J’ai donc examiné plusieurs options avant de décider de voter pour la candidate du Parti Pirate.

J’ai d’abord étudié la possibilité de voter pour la candidate soutenue par la Parti Libéral Démocrate (PLD), Alix Fourier, espérant que sa défense apparemment assumée du libéralisme puisse me séduire. Le fait qu’il s’agisse de la candidate du Parti Chrétien Démocrate de Christine Boutin aurait pu suffire à me dissuader de voter pour elle, mais j’ai quand même tenu à vérifier que j’en avais de bonnes raisons. Ses engagements de « soutenir la famille : père-mère-enfant » et de « favoriser les liens jeunes-seniors dans (…) le logement », notamment, m’ont confirmé mes craintes : ils traduisent la volonté d’imposer certaines valeurs à tous les individus, en utilisant la contrainte de l’Etat. Elle n’aura donc évidemment pas ma voix, et le PLD y a perdu quelques points à mes yeux.

J’aurais pu en revanche voter pour Anne-Sophie Godfroy-Genin, la candidate du Modem, en ligne avec mon vote de la présidentielle. Ce choix, outre sa vocation à favoriser la modération et la raison en permettant à une candidate centriste de peut-être accéder au second tour, aurait été renforcé par sa revendication du libéralisme jusque dans sa profession de foi : « Libéraux, nous croyons à la liberté d’entreprendre et à la capacité de chacun à créer des richesses ». Dommage que ces valeurs ne se traduisent pas plus concrètement en propositions : c’est ce qui a contribué à mon hésitation.

C’est finalement la candidate du Parti Pirate, Véronique Bover Sayous, qui obtiendra mon vote et mon soutien pour cette élection. Sa défense du « revenu de vie universel et inconditionnel » en « remplacement des multiples aides et allocations », sa volonté de renouveau de la démocratie, incluant la défense de l’indépendance de la justice, associées à sa vigilance sur le sujet du fichage et de la protection des données personnelles en font selon moi une candidate réellement moderne, à la hauteur des enjeux de nos sociétés en mutation.

Ses valeurs me semblent pleinement compatibles avec le libéralisme de gauche, même si j’émettrais quelques réserves sur des propositions telles que l’application des « normes environnementales existantes » (1), la remise en question du système des brevets en vue d’une meilleure diffusion du savoir (2),  ou encore le prélèvement à la source et la progressivité de l’impôt. Il est à noter que ces réserves concernent des points périphériques du programme du Parti Pirate, et non ses cinq thèmes principaux.

C’est donc avec un certain enthousiasme que je voterai pour Véronique Bover Sayous et son suppléant Benjamin Schlumberger le 10 juin prochain.

Voir aussi le communiqué du MLG.



(1) Il y en a tellement que je pense qu’il faudrait y faire un tri avant de chercher à vraiment toutes les appliquer.
(2) Le principe des brevets est justement de rendre la connaissance publique, puisque le brevet est publié, en échange de la garantie, pour celui qui dépose le brevet, d’avoir l’exclusivité sur son utilisation pour une certaine durée. La suppression de ce principe ne conduirait-elle pas à une culture du secret bien plus importante, et donc une moindre diffusion du savoir ?

samedi 28 avril 2012

Il faut changer les institutions, vite !

Vu le niveau et l’évolution des scores du Front National, si les institutions restent ce qu’elles sont, ce parti, quel que soit son futur nom, risque bien de prendre seul les rênes du pouvoir prochainement. C’est pourquoi il faut rapidement rendre nos institutions réellement démocratiques. Dans quelques années, il sera trop tard.
 
En effet, avec le scrutin majoritaire, qui est utilisé à quasiment toutes les élections en France sous des formes diverses (seules les élections européennes y échappent), il suffit de recueillir 25% à 30% des voix pour obtenir la majorité des sièges. C’est le cas à l’Assemblée Nationale, bien sûr, mais aussi et surtout aux élections locales : aux municipales par exemple, la liste arrivée en tête obtient une prime de 50% des sièges, ce qui lui assure une écrasante majorité, quel que soit son score.
 
Ce caractère bien faiblement démocratique, que je dénonce depuis des années, devient un danger avec la montée d’un parti aussi peu consensuel que le Front National : son score atteindra bientôt le seuil de 25% à 30% lui permettant, avec ce mode de scrutin, d’avoir une majorité absolue dans de nombreuses assemblées.
 
D’ailleurs, on peut se demander si ce malaise, cette tension qui se sont profondément installés entre différentes parties de la population française ne viendraient pas, au moins en partie, de leur très mauvaise représentation politique.
 
Qu’il s’agisse des habitants des quartiers populaires, en grande partie issus de l’immigration et dont une part significative ne se sent pas inclus dans le débat politique et s’abstient de voter, ou de populations qui se sentent menacées et mal entendues et qui se tournent vers un parti d’extrême droite, il est à noter qu’elles sont absentes ou presque de la représentation nationale.
  
Alors que l’une des vertus de la démocratie est de pacifier les sociétés en permettant que les tensions s’apaisent dans l’échange, la discussion et le partage des responsabilités publiques, nos institutions interdisent cette rencontre et renforcent ainsi les clivages, les frustrations et l’animosité.
 
Avec un scrutin intégralement proportionnel, nous n’en serions peut-être pas là.

mardi 17 avril 2012

Encore un vote pour Bayrou

Malgré l’aventure d’Alternative Libérale, commencée en 2006, et qui m’a notamment amené à être candidat aux élections européennes de 2009, l’élection présidentielle de 2012 donne une idée du chemin qui reste à parcourir en France pour les idées libérales : du point de vue de ce rendez-vous, on dirait même que rien n’a changé.
 
Après mon vote de 2007, je me retrouve donc à voter de nouveau pour François Bayrou.

Son ambition de renouveau de la vie politique a encore diminué : je me plaignais qu’il ne prévoie à l’époque que 50% de députés élus à la proportionnelle, il n’en envisage aujourd’hui plus que 25%. Par ailleurs, sa volonté de restaurer un « Commissariat aux Stratégies » ne peut que sembler inquiétant pour un libéral, même s’il ne s’agit en réalité que de favoriser les synergies. Sans compter son ambigüité sur le thème du logement et un éventuel « contrôle des loyers ».
 
Il n’en reste pas moins que, comparé aux trois autres élus potentiels – Nicolas Sarkozy, François Hollande et Jean-Luc Mélenchon – il est celui qui tient le discours le plus libéral. C’est d’abord  un candidat très modeste en promesses de dépenses nouvelles, et son plan de lutte contre la dette, qui inclut une réduction significative des dépenses, est certes un peu moins ambitieux que celui de Nicolas Sarkozy, mais on connaît à présent la valeur de ce genre d’engagements de la part de ce dernier.
 
Il se montre par ailleurs modéré et raisonnable sur les sujets économiques, soulignant par exemple que la création de nouvelles activités, de nouvelles entreprises, serait bien plus favorisée si l’on s’autorisait à arrêter celles qui perdent de leur pertinence, alors que les autres candidats défilent au chevet des industries mourantes pour promettre de les faire vivre quelques mois de plus, aux frais des contribuables en général, et donc des secteurs innovants et véritablement créateurs de richesse en particulier.
 
Il est aussi celui qui empêche chacun des deux « camps » de trop céder à la tentation de se rapprocher de son extrême respectif. S’il ne parvient pas au second tour, mais réussit à faire un score honorable, il contraindra les deux candidats restants, et donc le futur élu, à ne pas trop s’éloigner des valeurs démocrates et humanistes.
 
Enfin, sa recherche d’unité nationale, sa volonté de rejeter toute politique qui se montrerait agressive vis-à-vis d’une partie de la population – chaque camp ayant ses boucs émissaires – le rapprochent aussi des valeurs libérales : l’idéal serait que rien ne soit imposé à un individu sans son consentement.

Je vais donc voter pour François Bayrou dimanche prochain. Sûrement aussi parce que l’idée d’avoir un Président agrégé de Lettres classiques et qui se pose en défenseur de la vérité entre particulièrement en résonance avec ce que j’aimerais voir plus présent dans les discours et les débats politiques : la culture et la raison.