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vendredi 28 novembre 2008

Les contraintes étatiques : nécessaires pour développer une économie de l’environnement ?

Dans « De l’audace ! », Bertrand Delanoë souhaite rendre profitables les entreprises qui se développent sur le marché de l’écologie par des « contraintes » règlementaires et des « incitations fiscales », plutôt que de les laisser s’adapter à la demande réelle des consommateurs-citoyens.
Pour lui qui se dit libéral, on est bien loin du compte ! On rend en effet alors certaines entreprises rentables : celles qui sont dans les bons créneaux, déterminés par l’Etat. Elles ne se développent que parce que ces activités sont subventionnées ou rendues obligatoires par la loi. Cela ne veut pas dire qu’il y a création de richesse !
Ainsi, pour caricaturer, le fait de creuser un trou puis de le reboucher à l’identique ne crée aucune valeur : au final, rien n’a changé par rapport à la situation initiale (sauf si cette opération a servi de spectacle, ou d’exercice physique, par exemple ; mais nous ne nous plaçons pas dans de telles situations). Pourtant, cette activité pourrait très bien être subventionnée ou rendue obligatoire. Il pourra alors se former des entreprises basées sur cette activité, sans qu’il y ait pour autant création de richesse : ce n’est pas parce qu’il y a création d’entreprises qu’il y a développement économique !
Au contraire, s’il y a une demande réelle, solvable, alors il y aura bien développement d’un marché. Mais il n’y aura alors pas besoin d’intervention étatique.
Ainsi, l’intervention de l’Etat en ces domaines est soit inutile, soit nuisible.
C’est le principe de la responsabilité individuelle qui doit apporter la réponse aux problèmes environnementaux.

jeudi 27 décembre 2007

Réduire la pauvreté ? Comment comprendre cet objectif ?

Nicolas Sarkozy fixe comme objectif à Martin Hirsch, « Haut commissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté », de réduire la pauvreté « d’au moins un tiers en cinq ans », dans sa lettre de mission datée du 9 juillet 2007.
 
Cette proposition est attrayante au premier abord. La pauvreté n’est pas une condition que l’on souhaite voir largement répartie a priori. On peut douter de l’efficacité et de la légitimité de l’intervention de l’Etat en la matière, ou trouver incongru qu’un gouvernement se fixe un tel objectif, qui risque de lui faire consacrer des moyens à un résultat numérique qui ne doit pourtant être qu’un moyen en vue du bien-être, et non un but en soi. Soit. Mais quand on parle de chiffres, il faut être précis sur ce que l’on mesure. Que signifie donc cet objectif ? Qu’est-ce que cette « pauvreté » qu’il faudrait réduire d’un tiers ?
 
Le début de la lettre fait référence à « 7 millions de personnes [vivant] en France sous le seuil de pauvreté ». On peut donc imaginer (notez que c’est déjà une hypothèse, ce qui est gênant pour un objectif qui se veut précis) qu’il s’agit de réduire le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté.
 
Pourtant, plus simplement, réduire la pauvreté, c’est augmenter le bien-être ; l’objectif aurait pu être de s’assurer que chaque individu voie son bien-être augmenter. Mais c’est impossible à mesurer par l’Etat, à moins d’une intrusion manifeste dans les choix de vie de chacun, puisqu’il faudrait alors s’intéresser aux individus, et à la valeur subjective qu’ils donnent à chaque bien, à chaque événement, à chaque expérience. Il est bien plus facile pour l’Etat de s’intéresser à des masses.
 
Revenons donc à notre « objectif chiffré » : qu’est-ce donc que ce seuil de pauvreté ? Celui de l’ONU, 1$ par jour ? Je ne crois pas que sept millions de personnes soient concernées en France.
Pour arriver à ce chiffre, la définition doit être celle qui prend comme seuil 60% du revenu médian – le revenu médian est revenu de la personne qui gagne plus que 50 % de la population, et moins que les 50 % restants. Sont considérés comme pauvres ceux dont le revenu est inférieur à 60% du revenu médian. Voir sur le site de l’INSEE : Nombre et taux de personnes vivant sous le seuil de pauvreté selon leur âge.
 
Cette définition est donc relative ; et elle conduit à mesurer plutôt les inégalités que la pauvreté. Si tous les revenus croissent de la même façon, la pauvreté ainsi définie ne baisse pas. Pourtant, le bien-être de chacun s’est accru. D’où cette fausse indignation dans la lettre de Nicolas Sarkozy : « Depuis plus de 20 ans, la proportion de personnes pauvres dans la population n'a quasiment pas diminué ». Cela ne signifie pas que le bien-être ne s’est pas accru.
 
En revanche, si le bien-être de tous baisse, mais qu’il baisse plus pour 90% de la population que pour les 10% qui ont les revenus les plus faibles, la pauvreté ainsi définie diminue. Pourtant, le bien-être de chacun a diminué. Or il est facile d’agir ainsi. Et si l’on refuse qu’il y ait des riches et des pauvres, il n’y aura plus que des pauvres. En effet, pour supprimer les inégalités, il faut prendre aux uns pour donner aux autres. L’intérêt qu’il y a à créer diminue alors d’autant. Ainsi, en luttant contre les différences, on appauvrit tout le monde, puisque certains de ceux qui étaient capables de créer plus que les autres renoncent à le faire. Cette stratégie est donc non seulement condamnable sur le principe (s’arroger le droit de répartir ce que d’autres ont produit) mais aussi inefficace en pratique.
 
Que choisir : la croissance du bien-être pour chacun, quitte à ce qu’il s’accroisse plus pour certains que pour d’autres, ou le nivellement avec diminution du bien-être global ? S’il est bien évident que ceux qui produisent le plus perdraient à la diminution des différences de revenus, rien ne dit que les plus pauvres y gagneraient, puisque moins de richesses seraient crées : mieux vaut un quart de trois cents euros que la moitié de cent.
 
Cependant, le principe du Revenu de Solidarité Active, qui entend se substituer à plusieurs minima sociaux, et affiche l’ambition de faire que « toute heure travaillée signifie un gain de revenu » (Martin Hirsch, selon Wikipédia), n’est pas très éloigné, dans ses objectifs, du revenu universel défendu par certains libéraux (et par Alternative Libérale). La différence réside dans l’utilisation d’un tel outil pour contrôler la population : pour AL, le « revenu de liberté » est le même pour tous, sans condition. Au contraire, le projet gouvernemental cherche à s’adapter aux situations particulières (ce qui est évidemment impossible pour un dispositif étatique). Cela conduira nécessairement à l’introduction de nombreux critères de calculs, qui permettront de dicter à l’individu quels « choix » il a intérêt à faire selon la volonté et les valeurs portées par gouvernement… Une vraie différence de principe.

vendredi 30 novembre 2007

Les propriétaires de capitaux et les travailleurs sont-ils ennemis ?


Une critique du capitalisme consiste à dire que ceux qui n’ont pas de capital se trouvent à la merci de ceux qui en ont, puisque, pour pouvoir travailler, ils doivent utiliser une part du capital de ces propriétaires. D’abord, mettons-nous d’accord sur la définition du capital : nous appellerons ici capital tout les éléments externes dont une personne est propriétaire.

Capital et travail
Pour répondre à cette critique, nous pouvons déjà faire un constat : il est possible de travailler sans capital : en rendant des services. Pour ce faire, on peut devenir salarié, mais aussi entrepreneur. Ainsi, il est possible d’écrire des chansons, et de les chanter sans capital. Ces œuvres auront moins de force que si elles étaient associées à du capital : il permettrait de les diffuser plus efficacement. Mais rien n’empêche de se contenter de vendre une prestation de chant.
Cet exemple est évidemment très théorique. En pratique, le travail est presque toujours associé au capital, simplement parce qu’il est ainsi plus efficace.
Il est par ailleurs presque toujours nécessaire d’échanger avec quelqu’un d’autre pour créer de la valeur : ce qu’une personne produit facilement n’a que peu de valeur à ses yeux, mais elle peut en avoir beaucoup aux yeux d’un autre, d’où l’intérêt de l’échange. L’autonomie totale, elle, ne permet pas d’aller très loin : si je dois créer de toute pièce un meuble, il me faudra beaucoup de temps pour trouver une terre où faire pousser un arbre, puis fabriquer les outils qui me seront nécessaires… En revanche, si j’échange du travail ou du capital contre du bois et des outils, il me sera plus facile de fabriquer ce meuble.
Toujours contre l’idée de la domination par les capitalistes, le capital n’est pas donné à un instant t, en quantité limitée et fixée : il s’en crée et s’en détruit en permanence ; cela n’a pas de sens d’imaginer qu’il soit accaparé. On peut ainsi douter de la possibilité pour « quelques uns » d’accaparer tous les instruments de travail.
Celui qui a produit un outil de travail en est propriétaire : le droit de propriété appartient au découvreur, au créateur, à l'inventeur, ou à celui qui a reçu ce droit du propriétaire précédent. Il peut l’utiliser, le prêter, le céder ou le louer comme bon lui semble. Et s’il ne souhaite en faire profiter d’autres qu’à condition que ceux-ci lui versent un revenu en échange, de quel droit lui interdire ? Quelle justice y aurait-il à lui réquisitionner ? Celui qui accumule un capital ne lèse personne lors de cette accumulation, ni lors de la transmission ou du prêt de ce capital : il a produit cette richesse. Sans lui, elle n’existerait pas. Seul l’échange volontaire respecte l’individu.
En dehors de cette limite, difficile de porter un jugement sur la manière d’accéder à la propriété. Prenons l’exemple des gains en Bourse, qui font réagir certains pour qui ils sont l’archétype de l’argent gagné facilement par les capitalistes. Le gain réalisé en Bourse a la même valeur que celui issu d’un travail plus traditionnel. Les achats et ventes n’y sont que des transactions entre acheteurs et vendeurs, qui s’accordent sur un prix. Il s’agit de mise à disposition de capitaux, de choix d’investissements, qui peuvent se révéler fructueux ou non. Concernant la spéculation, il faut la comprendre comme la rémunération liée à la liquidité apportée au marché, et au risque pris pour ce faire.
Par ailleurs, il ne faut pas négliger les compétences et le temps nécessaires pour bien gérer un capital, et le risque que représente l’engagement de celui-ci. Ce risque, c’est celui de perdre un capital accumulé : son propriétaire s’est refusé à le consommer au moment où il l’a reçu, et il a choisi de le mettre à disposition des autres sous un certain nombre de conditions.
Enfin, plus fondamental : le capital est toujours le fruit d’un travail. Qu’il ait ensuite été transféré (avec le consentement de son propriétaire) ne change rien à sa valeur morale.

Un « notre » monde est possible ?
Rien n’empêche les travailleurs de s’organiser en coopérative, voire, en conservant le modèle de la Société Anonyme, d’être actionnaires de leur propre entreprise. Ils peuvent alors fabriquer leurs propres outils de travail, puis les utiliser.
Attention, cependant : la différence entre le travailleur et le capitaliste (actionnaire ou prêteur), vis-à-vis du risque, est que si l’entreprise fait faillite, le travailleur peut aller louer sa force de travail ailleurs (je ne nie évidemment pas les difficultés d’un tel changement) ; le capitaliste, et en tout cas l’actionnaire, lui, a perdu tout le capital investi. Reprenons l’idée de propriété collective des moyens de production : les travailleurs possèdent leurs outils de travail. Imaginons que leur entreprise fasse faillite, que se passe-t-il ? Où trouvent-ils ces outils qu’ils possédaient, et qu’ils ont perdus ? Il leur faudra repartir de zéro. La perte sera alors double pour eux – de même que leur gain sera double si l’entreprise fonctionne.
C’est un modèle alternatif, dont il convient de percevoir avantages et inconvénients, mais il ne s’agit sûrement pas de l’interdire : si un groupe d’individus souhaite s’organiser de cette façon, ils doivent pouvoir le faire. Il s’avère simplement que le modèle capitaliste a tendance à l’emporter, parce que cette répartition du risque et de la responsabilité s’est avérée particulièrement efficace pour créer de la richesse. D’ailleurs, l’existence de « capitalistes » vient de ce que certains travailleurs, ayant beaucoup apporté aux autres, sans consommer la totalité de la rémunération qui leur a été accordée en échange, ont accumulé un capital important et se sont rendu compte du fait que certains étaient prêts à payer pour le louer.
En tout cas, il faut bien voir qu’il s’agit toujours de coopération ; il n’y a pas « d’universel antagonisme des intérêts » (pour reprendre les termes de Baccelliguido). Au contraire, la création de richesse se répartit entre les deux intervenants dans l’échange, et c’est un surplus qui se répartit. Il y a un contrat, accepté par les deux parties, qui fixe dès le départ les conditions de rémunération.


Cet article est la première partie d’une synthèse de mes interventions lors d’un échange riche et intéressant avec Baccelliguido et Saucratès autour d’un article sur la légitimité de l’intérêt. La seconde partie est ici.