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mercredi 30 juillet 2008

La gauche, la droite, le libéralisme

Les socialistes sont-ils de gauche ?
 
L’objet principal de cet article est de définir la droite et la gauche, ces deux « camps » politiques, donnant une grille d’analyse de l’espace politique aussi insatisfaisante théoriquement que jugée indispensable par la plupart des électeurs. Cela permettra de comprendre comment positionner les libéraux sur l'échiquier politique.
 
Qu’est-ce que la gauche ?
 
Les préoccupations de la gauche sont traditionnellement centrées sur la justice sociale, l'égalité, la solidarité, l'humanisme, la liberté, la lutte contre l’oppression, le progrès, la défense des plus faibles, l’universalisme.
 
L’histoire de la gauche commence par une lutte pour l’obtention de droits économiques et politiques, lors de la Révolution Française. Cette lutte mène à la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen de 1789. La gauche est alors essentiellement libérale.
 
Au XXème siècle, la gauche, alors principalement constituée des socialistes et des communistes, incarne aussi le collectivisme, dans un souci de mener à une égalité réelle entre les citoyens, quitte à utiliser la contrainte de la loi. On peut souligner la contradiction entre cette tendance et le souci de lutte contre l’oppression, puisque le collectivisme revient à imposer à tous la volonté d’une majorité sur de nombreux sujets. D’où la question, un brin provocatrice : « Les socialistes sont-ils de gauche ? ».
 
La gauche, c’est aussi la volonté de changement, changements radicaux, ambitieux. La gauche a une attitude critique face au présent, et plus encore face au passé : elle est révolutionnaire ou réformiste, et en tout cas progressiste.
 
On voit aussi parfois la gauche comme défendant essentiellement l’égalité, en ignorant toute autre considération (notamment de liberté). Ainsi, pour vaincre les résistances, briser l’ordre établi, la gauche peut être amenée à limiter, au moins temporairement, les libertés. Dans le but de parvenir à l’égalité économique réelle, elle aura aussi tendance à se concentrer sur la répartition des richesses existantes, plutôt que sur la capacité à créer de nouvelles richesses. Dans ce cas, les socialistes paraissent plus clairement à gauche.
 
Qu’est-ce que la droite ?
 
La droite se pose traditionnellement en défenseuse de l’ordre, du travail, de la famille et de la responsabilité individuelle devant des normes établies. Stabilité, légalité, préoccupation de l’avenir comme perpétuation du passé et du présent sont les principales revendications de la droite. Elle montre un respect important de la hiérarchie, accorde une importance élevée à la sécurité, à la défense de la patrie. Elle valorise l’effort, l’émulation, la concurrence. Elle conçoit la justice comme distributrice de sanctions ou de récompenses, plus que comme une instance permettant de rétablir des droits bafoués.
 
La droite souligne l’inégalité des talents et des performances, qu’elle refuse d’égaliser par la loi. Elle souhaite protéger les plus faibles, mais sans que cela décourage ceux qu’elle voit comme les plus entreprenants, les plus talentueux ou les plus riches.
 
Une partie de la droite considère l’individu comme maître de son destin, autonome, responsable et elle défend la propriété. Cela la rapproche du libéralisme. Elle s’en éloigne lorsqu’elle cherche à favoriser un modèle d’organisation (issu de la tradition), en pénalisant les choix alternatifs, ou encore lorsqu’elle fait passer « l’intérêt supérieur de la nation » devant les droits individuels (notamment de propriété).
 
A l’extrême droite, on trouvera le traditionalisme, le nationalisme, l'autoritarisme, c’est-à-dire les partisans d'un pouvoir fort.
 
Les libéraux : compatibles avec la droite et la gauche
 
On le voit, les définitions de la droite et de la gauche, même si l’on se restreint aux valeurs, sont floues et elles changent dans le temps. Il est cependant possible d’en dégager des tendances, décrites ci-dessus.
 
Le libéralisme partage certaines valeurs de la droite (responsabilité individuelle, propriété) et certaines valeurs de la gauche (lutte contre l’oppression, justice) : il incarne la défense de la liberté et de la responsabilité individuelle face à autrui. Il ne semble donc pouvoir être placé clairement d’un côté ou de l’autre.
 
C’est, somme toute, assez logique : les libéraux souhaitent principalement laisser chacun libre de gouverner sa vie, avec comme limite le respect des droits des autres. Comme le souligne Alcodu sur son blog Gauche libérale : « il y a des libéraux de droite et des libéraux de gauche, mais le propre des libéraux c'est de ne pas vouloir gouverner la société au nom d'une morale de droite ou d'une morale de gauche ».
 
 
Bibliographie :
- André Comte Sponville, Dictionnaire philosophique, PUF, 2001, article Droite/gauche
- Mathieu Burelle, Qu'est­-ce que la gauche ? (article web aujourd’hui inaccessible)
 
Je recommande par ailleurs le texte Les libertariens sont-ils à droite ? du site Le Québéquois libre.

 
Retrouvez quelques commentaires sur mon ancien blog.

dimanche 13 janvier 2008

Comment rémunérer de façon juste les apporteurs de capitaux et les travailleurs ?

Seconde partie de la synthèse entamée avec l’article « Les propriétaires de capitaux et les travailleurs sont-ils ennemis ? ».
 
Rémunérer à une "juste valeur"
Qu’il s’agisse de travail ou de capital, l’idée d’une « juste valeur » est assez répandue : certaines rémunérations seraient excessives, d’autres injustement basses. Il n’y a pas de valeur objective, mais une valeur perçue par chacun. Ainsi, la rémunération du travail correspond à un prix que l’employeur est prêt à payer, et pour lequel le salarié accepte de travailler : l’employeur préfère payer ce prix plutôt que de ne pas embaucher ce salarié ; le salarié préfère être payé à ce prix plutôt que de travailler ailleurs ou ne pas travailler.
On peut avancer que les relations entre l’employeur et l’employé sont asymétriques. Cela modifie les conditions de la négociation, mais de ne modifie pas les fondements de l’échange : il y a bien consentement. Par ailleurs, cette asymétrie n’est pas systématique. Si elle peut apparaître comme très crédible quand on pense aux grosses entreprises, face au vulnérable salarié, elle s'effrite déjà si l'on regarde vers les petites entreprises. Or, le salarié peut mettre en concurrence ces deux types d'entreprises, ce qui doit mener à harmoniser les deux. Elément important aussi : il faut que le salarié ait conscience de son pouvoir dans la négociation : l'employeur a intérêt à l'embaucher. S'il part perdant, il risque effectivement d'avoir moins que ce qu'il pourrait avoir.
La façon libérale d'aborder les choses consiste à dire que, dans tous les cas, ce sont deux individus qui décident de coopérer. Certes, le salarié a besoin de son salaire pour survivre. Outre le fait que les employeurs ont besoin de salariés pour survivre aussi (sinon, pas de chiffres d'affaires, et donc pas de revenu), il a théoriquement face à lui plusieurs employeurs potentiels. Le chômage est à l'origine d'une asymétrie dans la concurrence : l'employeur a le choix entre plusieurs candidats, et le salarié, lui, risque de ne pas trouver d'employeur. Cependant, ce chômage pourrait être réduit par des mesures structurelles (j'écrirai un article sur ce sujet).
Par ailleurs, pour surmonter la différence de poids dans la négociation, les salariés ont intérêt à s'organiser, à se regrouper : c'est le rôle des syndicats. Ensemble, ils ont plus de force pour négocier.
Enfin, n'oublions pas que le candidat-salarié d'un jour peut devenir employeur le lendemain. En effet, une autre alternative pour lui est de travailler à son compte.
 
Le libéralisme, promesse de lendemains qui chantent ?
Les conditions de vie que doivent supporter certaines personnes sont à l’origine de la révolte contre des rémunérations perçues comme « imposées ». Pourtant, si la vie est dure, c’est parce que les ressources sont limitées, et non parce certains volent les autres. Ce n’est pas une raison pour exploiter ceux qui valorisent le mieux les ressources disponibles. D’ailleurs, une telle exploitation peut induire une pauvreté plus généralisée, comme je l’indique dans un autre article.
Je reconnais clairement que le libéralisme ne résoudra pas tous les problèmes par enchantement. Je suis juste convaincu qu’il propose la solution la plus respectueuse de l’individu, et qui, de plus, permet la plus grande création de valeur.
L’alternative d’une gestion centralisée, par l’Etat, du capital et du travail ne résout d’ailleurs en rien les difficultés liées la nécessaire accumulation de capital. D’où viendrait l’argent de l’Etat ? Comment financerait-il, lui, ce capital ? Comment permettrait-il l’innovation, l’apparition de capital nouveau ? N’utiliserait-t-il pas, au final, les mêmes moyens, avec des salariés à son service ? La différence est dans la liberté de ces salariés de choisir une autre organisation, et dans la possibilité pour chacun de disposer librement du fruit de son travail.
La S.A. n’est qu’un mode d’organisation. La différence avec la gestion étatique est que ceux qui mettent à disposition leur capital l’ont fait volontairement, étant donné les garanties que leur apportait la structure ; ce sont eux qui prennent les décisions et assument les risques, ils sont responsables. De même, les salariés ont la possibilité de refuser des conditions trop strictes pour aller ailleurs. Lorsque c’est l’Etat qui gère, cet assentiment et cette liberté disparaissent. C’est une porte ouverte vers le despotisme.

vendredi 30 novembre 2007

Les propriétaires de capitaux et les travailleurs sont-ils ennemis ?


Une critique du capitalisme consiste à dire que ceux qui n’ont pas de capital se trouvent à la merci de ceux qui en ont, puisque, pour pouvoir travailler, ils doivent utiliser une part du capital de ces propriétaires. D’abord, mettons-nous d’accord sur la définition du capital : nous appellerons ici capital tout les éléments externes dont une personne est propriétaire.

Capital et travail
Pour répondre à cette critique, nous pouvons déjà faire un constat : il est possible de travailler sans capital : en rendant des services. Pour ce faire, on peut devenir salarié, mais aussi entrepreneur. Ainsi, il est possible d’écrire des chansons, et de les chanter sans capital. Ces œuvres auront moins de force que si elles étaient associées à du capital : il permettrait de les diffuser plus efficacement. Mais rien n’empêche de se contenter de vendre une prestation de chant.
Cet exemple est évidemment très théorique. En pratique, le travail est presque toujours associé au capital, simplement parce qu’il est ainsi plus efficace.
Il est par ailleurs presque toujours nécessaire d’échanger avec quelqu’un d’autre pour créer de la valeur : ce qu’une personne produit facilement n’a que peu de valeur à ses yeux, mais elle peut en avoir beaucoup aux yeux d’un autre, d’où l’intérêt de l’échange. L’autonomie totale, elle, ne permet pas d’aller très loin : si je dois créer de toute pièce un meuble, il me faudra beaucoup de temps pour trouver une terre où faire pousser un arbre, puis fabriquer les outils qui me seront nécessaires… En revanche, si j’échange du travail ou du capital contre du bois et des outils, il me sera plus facile de fabriquer ce meuble.
Toujours contre l’idée de la domination par les capitalistes, le capital n’est pas donné à un instant t, en quantité limitée et fixée : il s’en crée et s’en détruit en permanence ; cela n’a pas de sens d’imaginer qu’il soit accaparé. On peut ainsi douter de la possibilité pour « quelques uns » d’accaparer tous les instruments de travail.
Celui qui a produit un outil de travail en est propriétaire : le droit de propriété appartient au découvreur, au créateur, à l'inventeur, ou à celui qui a reçu ce droit du propriétaire précédent. Il peut l’utiliser, le prêter, le céder ou le louer comme bon lui semble. Et s’il ne souhaite en faire profiter d’autres qu’à condition que ceux-ci lui versent un revenu en échange, de quel droit lui interdire ? Quelle justice y aurait-il à lui réquisitionner ? Celui qui accumule un capital ne lèse personne lors de cette accumulation, ni lors de la transmission ou du prêt de ce capital : il a produit cette richesse. Sans lui, elle n’existerait pas. Seul l’échange volontaire respecte l’individu.
En dehors de cette limite, difficile de porter un jugement sur la manière d’accéder à la propriété. Prenons l’exemple des gains en Bourse, qui font réagir certains pour qui ils sont l’archétype de l’argent gagné facilement par les capitalistes. Le gain réalisé en Bourse a la même valeur que celui issu d’un travail plus traditionnel. Les achats et ventes n’y sont que des transactions entre acheteurs et vendeurs, qui s’accordent sur un prix. Il s’agit de mise à disposition de capitaux, de choix d’investissements, qui peuvent se révéler fructueux ou non. Concernant la spéculation, il faut la comprendre comme la rémunération liée à la liquidité apportée au marché, et au risque pris pour ce faire.
Par ailleurs, il ne faut pas négliger les compétences et le temps nécessaires pour bien gérer un capital, et le risque que représente l’engagement de celui-ci. Ce risque, c’est celui de perdre un capital accumulé : son propriétaire s’est refusé à le consommer au moment où il l’a reçu, et il a choisi de le mettre à disposition des autres sous un certain nombre de conditions.
Enfin, plus fondamental : le capital est toujours le fruit d’un travail. Qu’il ait ensuite été transféré (avec le consentement de son propriétaire) ne change rien à sa valeur morale.

Un « notre » monde est possible ?
Rien n’empêche les travailleurs de s’organiser en coopérative, voire, en conservant le modèle de la Société Anonyme, d’être actionnaires de leur propre entreprise. Ils peuvent alors fabriquer leurs propres outils de travail, puis les utiliser.
Attention, cependant : la différence entre le travailleur et le capitaliste (actionnaire ou prêteur), vis-à-vis du risque, est que si l’entreprise fait faillite, le travailleur peut aller louer sa force de travail ailleurs (je ne nie évidemment pas les difficultés d’un tel changement) ; le capitaliste, et en tout cas l’actionnaire, lui, a perdu tout le capital investi. Reprenons l’idée de propriété collective des moyens de production : les travailleurs possèdent leurs outils de travail. Imaginons que leur entreprise fasse faillite, que se passe-t-il ? Où trouvent-ils ces outils qu’ils possédaient, et qu’ils ont perdus ? Il leur faudra repartir de zéro. La perte sera alors double pour eux – de même que leur gain sera double si l’entreprise fonctionne.
C’est un modèle alternatif, dont il convient de percevoir avantages et inconvénients, mais il ne s’agit sûrement pas de l’interdire : si un groupe d’individus souhaite s’organiser de cette façon, ils doivent pouvoir le faire. Il s’avère simplement que le modèle capitaliste a tendance à l’emporter, parce que cette répartition du risque et de la responsabilité s’est avérée particulièrement efficace pour créer de la richesse. D’ailleurs, l’existence de « capitalistes » vient de ce que certains travailleurs, ayant beaucoup apporté aux autres, sans consommer la totalité de la rémunération qui leur a été accordée en échange, ont accumulé un capital important et se sont rendu compte du fait que certains étaient prêts à payer pour le louer.
En tout cas, il faut bien voir qu’il s’agit toujours de coopération ; il n’y a pas « d’universel antagonisme des intérêts » (pour reprendre les termes de Baccelliguido). Au contraire, la création de richesse se répartit entre les deux intervenants dans l’échange, et c’est un surplus qui se répartit. Il y a un contrat, accepté par les deux parties, qui fixe dès le départ les conditions de rémunération.


Cet article est la première partie d’une synthèse de mes interventions lors d’un échange riche et intéressant avec Baccelliguido et Saucratès autour d’un article sur la légitimité de l’intérêt. La seconde partie est ici.

jeudi 5 juillet 2007

Le renard libre dans le poulailler libre ?

Une des « images-massues » employées contre les libéraux consiste à dire que le libéralisme, c’est « le renard libre dans le poulailler libre ». Autrement dit, que la liberté totale profite aux forts, au détriment des faibles. Cette image est fausse : le libéralisme prône la liberté d’agir tant que l’on ne porte pas atteinte aux droits des autres, notamment au droit de propriété. Ce renard n’aurait donc pas à rentrer dans un poulailler sur lequel il n’a aucun droit. La liberté n’est pas le droit de faire ce que l’on veut, puisque, les ressources étant limitées, cela conduirait nécessairement à exercer un droit au détriment des autres. Personne ne peut donc effectuer un quelconque échange avec un autre sans son consentement. Et, de la même manière, il ne peut attenter à ses jours. Plus généralement, l’exercice de la contrainte, non seulement privée, mais aussi celle exercée par l’Etat, est combattue par les libéraux.
D’ailleurs, ceux qui utilisent cette image du renard libre dans le poulailler libre oublient souvent un intervenant : le fermier. Lui garde les poules au chaud, il les nourrit, mais c’est pour mieux prendre leurs œufs, et les manger elles-mêmes, au final. Et les poules n’ont guère les moyens de se défendre contre cet échange forcé. Le parallèle est troublant avec un Etat qui, en échange d’une tranquillité apparente, prélève une bonne part de ce que chacun produit, et effectue un nouveau prélèvement sur ce qui reste au moment de la mort…